Michael, fils de Jack, et Oussama, fils de Laden. Deux idoles, certes incomparables, l’un prônant la fraternité quand l’autre s”échine à répandre la terreur, mais deux idoles quand même.
Je ne sais pas où a été prise cette photo. Je l’ai trouvé sur ce site. Elle aurait pu être prise à Beyrouth d’où je reviens tout juste. Non pas que les Libanais soient, quoi qu’en disent certains médias et dirigeants politiques, des partisans de l’affreux Ben Laden (il y a bien entendu quelques illuminés manipulés et tendus de la gâchette mais ils sont, Dieu merci, minoritaires), mais de tels contrastes, le King of Pop à côté du king of terrorism, sont si fréquents qu’on s’en étonnerait à peine.
Je me souviens par exemple d’avoir vu dès 2002, à l’occasion de Mardi Gras, des masques de Ben Laden côtoyer ceux de Mickey, Barbie et Spiderman dans les vitrines des magasins, y compris dans les quartiers chrétiens. De même, en plein quartier conservateur musulman, il ne faut pas s’étonner (ni s’attarder trop longuement non plus !) devant certaines devantures de boutiques de lingerie féminine à faire rougir de honte Pigalle (un aperçu sur le blog de l’excellente Karine W., graphiste, artiste et photographe beyrouthine sur qui nous reviendrons très vite).
Les exemples abondent mais il serait maladroit d’en faire une généralité. Certes, les Libanais, et en particuliers les Beyrouthins, sont tous peu ou prou atteints d’une forme de schizophrénie. Mais la réalité est plus complexe (le sujet d’un livre en fait, auquel je m’attèle au plus vite).
Pour en revenir à cette photo, il faudrait mener une vraie réflexion sur la figure des stars aujourd’hui, vedettes d’hier v/s idoles du 3e millénaire. Sujet sur lequel s’est penché l’incontournable Stetoscope, l’une des têtes pensantes de Pearltrees, analysant le rôle d’internet dans la disparition des stars telles qu’on les a connues au XXe siècle.
Retour aux sources : Il est cinq heures avance sa pendule d’une heure et s’exile pour trois semaines dans la plus belle ville du monde : Beyrouth (GMT+1).
Photo : carte postale des 70’s issue du projet “Wonder Beirut” des artistes libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (voir leur site)
Invité pour le numéro d’août 1983 de La Quinzaine Littéraire à s’exprimer sur le thème “A partir de votre expérience, mais sans vous y cantonner, pourriez-vous nous exposer ce que représente pour vous l’idée que le monde actuel est en crise ?“ (déjà !), François Truffaut, rédigea un article extrêmement lucide et qui, 25 ans après, demeure d’une parfaite actualité. Le metteur en scène y dénonce la corruption du vocabulaire quotidien par les politiques et les pubards, déplorant qu’un mot essentiel tel que “sensibilité” soit totalement dévoyé. En voici les deux derniers paragraphes :
La crise, ce n’est pas seulement l’abondance des biens inutiles et la pénurie de la nourriture, c’est aussi la dégradation des sentiments et, de ce point de vue, même s’ils n’en sont pas uniques responsables, les politiques et les publicitaires contribuent à la crise par leur acharnement à corrompre le vocabulaire quotidien.
Le mot tendresse utilisé dans les slogans publicitaires est devenu odieux, donc inutilisable dans une conversation sincère. C’est la même chose pour le mot sensibilité, utilisé par les politiciens pour justifier leurs coups de Jarnac : « A l’intérieur de notre formation peuvent coexister des sensibilités différentes ». Pouah !
A cause de ces gens malfaisants et nuisibles, préparons-nous à vivre sans « tendresse » ni « sensibilité », endurcissons-nous et repoussons d’un geste ferme leur main tendue.
« JLG : Please allow me to introduce myself, my name is Jean-Luc Godard.
BJ : Pleased to meet you, hope you guess my name…
JLG : Le rock, comme le travelling, est une affaire de morale, n’est-ce pas ?
BJ : …
JLG : Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ?
BJ : Devenir immortel et puis… mourir.
JLG : Dégueulasse ».
Il y a 40 ans jour pour jour, le 26 mai 1969, John Lennon et Yoko Ono entamaient une campagne pour la paix intitulée “Bed-In for Peace” consistant à rester au lit sous l’œil des caméras et des journalistes du monde entier en signe de protestation contre la guerre. “Nous sommes une campagne de pub pour la paix” avaient alors déclaré les deux jeunes mariés qui avaient choisi de passer leur honey moon en public et en pyjamas.
Cet événement eu lieu dans les chambres 1738 et 1742 du Queen Elizabeth Hotel de Montréal (on est très précis à Il Est Cinq Heures) où John & Yoko, au lit, répondaient aux questions des journalistes entre deux refrains de Give Peace A Chance, hymne pacifiste composée pour l’occasion et enregistrée en direct dans la chambre d’hôtel.
Jerry Levitan, 14 ans à l’époque, avait réussi à se faufiler dans la chambre d’hôtel muni d’un magnéto. Il a réalisé l’an passé un très beau court métrage d’animation (nominé aux Oscars) racontant cette rencontre surréaliste et intitulé I Met The Warlus (un site lui est consacré).
Quarante ans après cet acte artistico-militant en forme de happening baba mais pas con, l’inénarrable Frédéric Lefebvre, porte-flingue officiel de Sarko, est sorti de son lit hier matin avec une idée brillante : en cas d’arrêt maladie, le salarié pourra travailler depuis son lit, comme John & Yoko. Fallait juste y penser. Comme John & Yoko.
Ecouter et télécharger illégalement (rien que pour emmerder Frédéric L.) le premier rap acoustique hippie : Give Peace a Chance.
Luc Moullet, le plus imprévisible des cinéastes de la Nouvelle Vague, est à l’honneur à Beaubourg jusqu’à la fin du mois. L’occasion de (re)découvrir son œuvre et en particulier l’un de ses films les plus drôles mais aussi les plus proche de l’art contemporain (comme l’explique Serge Bozon dans cette Vidéo ), Essai d’ouverture, dans lequel le réalisateur explore systématiquement, et sans succès, les multiples façons d’ouvrir une bouteille de Coca Cola (le film date de 1988 et il s’agit donc d’une bouteille en verre fermée par un redoutable bouchon en aluminium).
Méthodique, quasi scientifique, Luc Moullet passe en revue les mille et une façons de se verser un verre de Coca sans être obligé de se brûler, sans risque d’avaler des bris de verre, sans s’entailler la main etc. Une entreprise bien plus périlleuse qu’il n’y paraît.
Alors comme le dit la publicité, Enjoy !
L’affiche du 62e Festival de Cannes est un montage réalisé à partir d’une image tirée de L’Avventura de Michelangelo Antonioni, prix spécial du Jury en 1960 (la palme d’or avait été attribuée à la Dolce Vita). A l’époque, le film fut sifflé par le public qui ne compris pas pourquoi, après la disparition de l’une des protagonistes, Anna, les recherches étaient si vite abandonnées. Si les spectateurs s’attendaient à voir un film policier, c’était raté. Georges Simenon, président du jury cette année-là, avait quant à lui eu la bonne idée de laisser Maigret au commissariat.
Cette mystérieuse femme sur l’affiche donc, c’est Monica Vitti, actrice-égérie d’Antonioni dont ont aurait tort de se contenter d’admirer le dos. La voici de face, superbe, dans le désert affectif de l’Avventura, « condamnée à vivre ».
« Voilà un autre mythe qui tombe, cette illusion qu’il suffit de se connaître, de s’analyser minutieusement dans les plis les plus cachés de l’âme. Non, cela ne suffit pas. Chaque jour on vit l’avventura, que ce soit une aventure sentimentale, morale, idéologique. » (Michelangelo Antonioni)
Enfin, dans la rubrique “les copains d’abord”, voici nos souhaits pour cette 62e édition:
- un prix pour le réalisateur palestinien Elia Suleiman qui présente en compétition The Time That Remains, dans lequel il revient sur l’histoire de sa famille à Nazareth de 1948 à nos jours ;
- une récompense pour Axelle Ropert, sélectionnée dans la Quinzaine des réalisateur avec The Wolberg Family ;
- un triomphe pour Montparnasse de Mikhaël Hers qui devrait mettre tout le monde d’accord grâce à la contribution de la fratrie Regnier avec dans l’ordre Jérémie Regnier (tête pensante de Haussmann Tree et du New Government – liens dans la colonne de droite) qui en a signé la musique et Timothée Regnier (alias Rover, en lien également) qui crève l’écran, fusse-t-il en béton armé.
Errol Flynn (1909-1959) aurait eu 100 ans aujourd’hui s’il n’était pas mort il y a 50 ans. Le compte est bon. Un demi-siècle au cours duquel l’acteur n’aura pas chômé. Voyez plutôt… (dans un souci d’efficacité, Il est cinq heures vous mache le travail et vous propose un résumé façon lecteure en diagonale de la notice Wikipedia du seul et unique Robin des Bois).
Errol Flynn né le 20 juin 1909 en Australie. (…) Marié à trois reprises, (…) célèbre pour son tempérament d’« homme à femmes », entretenant une image de séducteur prodigue tout au long de sa vie. (…) « l’amour à la Flynn » était synonyme de succès amoureux. (…) sa mère qui le considérait comme « un diable en culotte courte » (…) il s’enfuit à l’âge de 7 ans (…). « seul souvenir (…) de mon enfance (…) mes fesses meurtries »(…)
Il s’embarque clandestinement dans le bateau (…) piètre élève, (…) exclure du collège (…) vente d’une bague de fiançailles (…) « les années du crocodile et du sabre », divers métiers : inspecteur sanitaire du gouvernement, aide de camp, pêcheur à la dynamite, directeur d’une plantation de coprah et capitaine d’un bateau de transport.(…) espionner une région sujette à des troubles. (…) L’expédition est un fiasco. (…) Flynn se fait trafiquant de plumes d’oiseaux, négrier, guide d’expédition… Arrêté pour le meurtre d’un indigène (…) la variole noire. Son unique travail consiste à « castrer les moutons avec les dents ».
(…)« Un des plus beaux morceaux de bravoure du cinéma hollywoodien d’avant-guerre », (…) son surnom de « Prince » (…) son calme, sa noblesse et son charme. (…) 1937, en Espagne, une annonce de sa mort paraît. (…) « incontestablement un pur chef-d’œuvre et l’un des meilleurs films jamais réalisés à Hollywood »(…) l’un des meilleurs westerns de l’époque, avec Flynn « au sommet de sa forme »(…).
« Qu’ils aillent se faire voir. Je vais aller en Italie tourner mes propres films. Je gagnerai une fortune »(…) Ruiné(…). L’abus d’alcool et de drogues le vieillissent prématurément (…) se saoule tous les soirs (…) Errol Flynn meurt d’une attaque cardiaque à l’âge de cinquante ans le 14 octobre 1959.
Mercredi 29 Avril 2009 19h15mn 15s, Facebook m’envoie le mail suivant :
Subject : C. C. said that you two are married…
C. said on Facebook that you two are married. We need you to confirm that you are, in fact, married to C.
To confirm this relationship request, follow the link below.
Que ma femme me considère comme LE un mari idéal et qu’elle souhaite l’annoncer sur Internet est légitime. En revanche que Facebook mette en doute sa parole en me demandant de confirmer que “je suis bien, en fait, marié” avec elle, est quelque peu déplacé, non ?
Cette immixion dans ma vie privée sera au moins l’occasion de vous faire partager la musique originale composée par Bernard Herrmann pour le film La Mariée était en noir de François Truffaut (1968).
Interview de Herrmann au sujet de la musique de ce film.
La Fnac a décidé de ne pas attendre les directives de la ministre de la santé et a pris l’initiative de coller un bandeau “www.Manger-Bouger.fr” sur les livre de Rabelais présents dans ses rayons. Le musée d’Orsay a quant à lui ajouté la mention “Manger 5 fruits et légumes par jour” sous chaque tableau de Botero exposé dans ses murs. Enfin, les studio Gaumont ont entrepris un vaste chantier consistant à effacer de ses archives toute image de cigarette. C’est donc une sucette que Delon aura à la bouche dans ses films. Quant à Belmondo, il mordillera désormais un bâton de réglisse. Bref, la loi, toujours la loi, rien que la loi. Et tant qu’on y est, encore plus loin que la loi.
Si ce qui précède n’est pas (encore) à l’ordre du jour, un débat fumeux autour de la fameuse pipe de Jacques Tati enfume les formus. On retrouve en effet sur les affiches annonçant l’expo consacrée au réalisateur de Playtime un Monsieur Hulot affublé d’un moulin à vent jaune dans la bouche, en lieu et place se son éternelle pipe (qui était toujours éteinte !). Ce n’est pourtant pas la loi qui a contraint à cette censure, mais la RATP qui a décidé de prendre elle-même les devants, trop inquiète à l’idée de contrevenir à la loi Evin. Le même Evin qui trouve cette opération Photoshopo-stalinienne totalement ridicule !
Enfin, le fait que cette trahison vise Monsieur Hulot est quelque peu cocasse. Que ce type décalé, léger, insouciant, fondamentalement bon, soit victime de la censure par anticipation renforce aujourd’hui son personnage et nous incite à fuir la crispation ambiante pour nous réfugier dans les salles obscures pour voir et revoir ses aventures.
PS : le Musée d’art du comté de Los Angeles m’informe à l’instant que l’inscription “Fumer Tue” qui avait été rajoutée dans un premier temps sous le tableau “Ceci n’est pas une pipe” de Magritte a été retirée au motif à la fois évident et imparable que ce tableau n’incite pas à fumer puisque, manifestement, il ne s’agit pas d’une pipe.
Précsion : le tableau “Ceci n’est pas une pipe” s’appelle en réalité “La Trahison des images”. Tout juste. Michel Foucault en parle ici. Pour les résistants, une galerie d’images ici.
Deux mots, The End. Deux mots qui, il y a encore quelques années, clôturaient la plupart des films au cinéma. Deux mots qui symbolisent à eux seuls la magie du cinéma. Si je fréquente l’un des rares cinémas parisiens (le seul à ma connaissance) encore équipé d’un lourd rideau rouge dont l’ouverture et la fermeture annonce le début et la fin de la séance, il faut reconnaitre que ce rituel désuet ne remplace pas le fameux carton de fin.
The Man With The Golden Arm, Otto Preminger, 1955
Les films d’aujourd’hui n’auraient-ils plus de fin ? A la place du carton, un générique interminable dressant la liste exhaustive des électriciens et maîtres chiens en passant par les maquilleuses et la société de location de caravanes. Bref, anti-cinéma au possible. A l’inverse, l’apparition des mots The End à l’écran suspendait le film quelques secondes supplémentaires et marquait la fin de la fiction et le retour au réel. Avec la vague des séries TV et des films “à suites”, façon Harry Potter ou Rambo, il semble que le mot “Fin” ne soit plus d’actualité, du moins pas tant que le filon n’ait été totalement épuisé.
La Dolce Vita, Frederico Fellini, 1960
Cette disparition est d’autant plus regrettable que, dans certains cas, cette ultime image résume à elle seule le film tout entier. C’est particulièrement vrai pour la Dolce Vita avec cet homme hagard au petit matin sur la plage. Mais c’est sans aucun doute la dernière image des 400 coups qui demeure la plus marquante. Après avoir longtemps couru, Antoine Doinel se retrouve sur la plage (encore une), se dirige vers la mer, fait quelques pas dans l’eau et brusquement se retourne pour fixer le spectacteur du reagard. L’image se fige en même temps que la caméra zoome sur le visage de Jean-Pierre Léaud sur lequel s’inscrit le mot FIN. Une des plus belles fins de l’histoire du cinéma, si ce n’est la plus belle, bien qu’à aucun moment on ne croit que c’en est fini des aventures d’Antoine Doinel. A raison.
Les 400 coups, François Truffaut, 1959
Pour les nostalgiques et les fétichistes, quelques galeries de carton de fin :
> Galerie 1
>Galerie 2
>Galerie 3
Réchauffement climatique, mon œil. L’hiver n’en finit pas. Le seul point positif, c’est que je bénéficie d’un répit pour terminer le Journal écrit en hiver d’Emmanuel Bove (auteur dont nous reparlerons plus en détail une prochaine fois).
On peut toujours essayer de feindre en écoutant de la Sunshine Pop les yeux fermés, des Harpers Bizarre aux Free Design en passant par Sagittarius. Mais très vite on est bien obligé de se rendre à l’évidence : le soleil fait la gueule.
L’hiver 1970 avait sans doute aussi joué les prolongations s’il on en juge la mélancolie qui se dégage du premier album de Bill Fay sorti la même année. Si l’ensemble est assez sombre, les chansons sont pour la plupart très belles malgré la lourdeur de certaines orchestrations qui n’ont pas la finesse de celles de son contemporain Scott Walker. L’album est un échec tout comme le suivant au titre engageant : Time of the last persecution. Bill Fay sombre alors dans l’anonymat total jusqu’à la réédition de ses disques en 2005.
En écoute : Sun is bored, chanson crépusculaire où il est question de toréador, de ministre et du Soleil qui, à force de s’ennuyer, disparaît. Chanson géniale ou boursouflure indigeste ? A vous de juger.
“The sun goes down, never to rise again”. Sun is bored (orchestral version) Sun is bored (acoustic version)
Passer directement du web 2.0 au web 10.0, sans passer par la case 3.0, 4.0, 5.0 etc. ? Bref, passer du Minitel amélioré, stade auquel semble stagner l’Internet aujourd’hui, à une vraie exploration de la toile, c’est ce que propose Pearltrees, véritable outil révolutionnaire.
Pour les sceptiques, quelques explications :
1. Finis les historiques, favoris, bookmarks et autres listes de sites aussi absconses que peu pratiques. Pearltrees, outil de classement extrêmement puissant, permet de dresser des cartes arborescentes qui offrent une décomposition logique à la fois précise, subjective et exhaustive de ses navigations sur Internet. La réduction des contenus à une simple « perle » permet de gérer une quantité d’information sur un écran (environ 50 sites) sans équivalent.
2. Chacune des cartes que l’on crée est le résultat d’une connaissance, d’une logique de navigation qui peut être ensuite partagée. L’idée est de proposer une navigation à ses amis ou plus largement à sa communauté. Les cartes sont exportables, on peut diffuser un lien qui renvoie à une carte ou mettre la perle racine d’une carte directement sur un blog, site, myspace, etc. (à partir du 23 mars).
3. Se laisser guider par d’autres sur le web : Pearltrees, c’est aussi une communauté. On peut visualiser ses points de contacts avec les autres cartes réalisées par les autres éditeurs de la communauté . Ainsi, on peut enrichir ses propres cartes avec les perles « créées » par les autres.
Ce ne sont que quelques aspects de ce nouvel outil qui peut paraître déstabilisant à première vue car inédit et surtout très en avance sur ce que propose aujourd’hui l’Internet. Ce qui ne fait aucun doute, c’est qu’avec sa façon de penser la navigation sur le web, Pearltrees est en train de dessiner l’Internet de demain.
En janvier 1954, François Truffaut signe dans le numéro 31 des Cahiers du Cinéma son article le plus célèbre, “Une certaine tendance du cinéma français” dans lequel il tire à boulets rouges sur la “Tradition de la Qualité” du cinéma français. En Une du magazine, la photo d’un petit garçon tiré du film Le Petit Fugitif sur lequel André Bazin, père spirituel de Truffaut, signe un article de 4 pages…
Si on sait l’admiration que les jeunes turc des Cahiers vouaient au cinéma américain, Hitchcock et Welles en tête, on ignorait en revanche qu’un film que personne n’avait revu depuis plus de cinquante ans ait eu une influence déterminante sur leur vocation de cinéaste : « notre Nouvelle Vague n’aurait jamais eu lieu si le jeune Américain Morris Engel ne nous avait pas montré la voie de la production indépendante avec son beau film,Le Petit Fugitif » déclara un jour Truffaut.
Ce film primé en 1953 à Venise est ressorti en salle le mois dernier. Tourné avec une petite caméra fabriquée pour l’occasion et permettant de filmer sans être vu, en décor naturel (Brooklyn et la plage de Coney Island), avec des acteurs amateurs, Le Petit Fugitif est un véritable petit chef-d’œuvre. Persuadé d’avoir causé la mort de son frère au cours d’un jeu, Joey, 7 ans, s’enfuit à Coney Island, immense plage new-yorkaise dédiée aux manèges et à l’amusement. Il va passer une journée et une nuit d’errance au milieu de la foule et des attractions foraines…
Claquant les quelques dollars subtilisés à sa mère avant de prendre la fuite, Joey découvre le monde enchanté de l’immense fête foraine de Coney Island, entre barbe à papa, tour en poney et saut en parachute. En 24 heures, le petit héros fait l’expérience de la vie et de la débrouille dans un monde qui s’apparente à un spectacle. Les plans de ce film, tous plus beaux les uns que les autres, nous rappellent que le réalisateur et sa femme étaient des photographes de talent. On pense à Weegee ou Robert Franck et à leurs clichés réalistes de l’Amérique des années 50. Ce récit d’apprentissage, bricolé à rebours de la machine hollywoodienne, est un pur enchantement visuel que l’on regarde avec les mêmes yeux éblouis et naïfs que Joey.
Preuve que Truffaut n’avait pas oublié ce film en se lançant dans la réalisation : son premier film, Les 400 coups, s’appelait au départ La Fugue d’Antoine.
Il ne vous aura pas échappé qu’à Il est cinq heures nous sommes tatillons question ponctualité. Or, qui dit ponctualité dit instrument de précision, dit montre à la mécanique irréprochable, dit… Rolex. La récente sortie de l’impayable Jacques “UV” Séguéla ne pouvait donc qu’attirer notre attention.
L’organisateur de dîner présidentiel pour future première dame n’en est pas à son premier coup d’essai. Aussi, pour répondre à la question “a-t-on raté sa vie si, à 50 ans, on n’a pas une Rolex”, nous nous contenterons donc de rappeler ici la sage parole de Pierre Desporges qui avait le mauvais goût de porter une montre-bracelet des plus ordinaires :
Jacques Séguéla est-il un con?
La question reste posée. Et la question restant posée, il ne nous reste plus qu’à poser la réponse. Jacques Séguéla est-il un con ? De deux choses l’une : ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m’étonnerait tout de même un peu, ou bien Jacques Séguéla n’est pas un con, et ça m’étonnerait quand même beaucoup.
Alors que venait de sortir en salle Le Beau Serge de Claude Chabrol, souvent considéré comme le film ayant donné le coup d’envoi de la Nouvelle Vague, le chroniqueur cinéma du Monde évoquait dans l’édition du 18 février 1959 « l’ “instinct” cinématographique de la génération récemment arrivée en âge de s’exprimer ». Et de poursuivre : « il y a cinquante ans, un garçon qui avait ” quelque chose à dire ” composait un recueil de poèmes. Il y a vingt ans, il écrivait un roman. Aujourd’hui, il rêve de faire un film ».
Si le cinéma français est dans l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui, c’est peut-être que cet « instinct» a disparu et que le cinéma n’est plus LE moyen d’expression pour ceux qui ont « quelque chose à dire ». Cinquante ans après, les nouveaux Truffaut, Godard, Rivette seront-ils des blogueurs ? Réponse en 2059.