« Les miroirs réfléchissent trop. Ils renversent prétentieusement les images et se croient profonds » disait Jean Cocteau, dans le Le Testament d’Orphée. Mais, Charles Baudelaire nous ne nous rappelait-il pas que « les miroirs sont les portes par lesquelles la Mort va et vient » et que « le dandy doit aspirer à être sublime sans interruption. Il doit vivre et dormir devant un miroir »…
> I’ll Be Your Mirror, The Velvet Underground & Nico (1967)
> I’ll Be Your Mirror, Lou Reed and Nico Hotel Room Demo (1966)
> The Mirror, Montage (1969)
>Dandy (Kinks cover), Barbara Carlotti aka Dandygirl (avec aux chœurs, outre votre serviteur, Prayer, moitié d’Haussmann Tree, le groupe pop français le plus inventif du moment, Tristan Poupée, papier-couronné songwriter de l’année et Waldemar Daninsky, alias Telek).
Polystyrène TV, Télévision-et-label-musical-à-programmes-réactionnaires-d’avant-garde-en-matériaux-synthétiques pour humains, robots et animaux libres et modernes, a réalisé pour Europe Ecologie une série de vidéos intitulée Badaboum, éco-journal gouvernemental interrégional.
Monsieur Untel, PDG-sans-parachute de PTV, et moi-même en tant qu’Elvis-Président, avons l’honneur et le plaisir de vous inviter à regarder le premier numéro de Badaboum ici même :
« Tout être vit dans l’incomplétude.
Et c’est seulement l’amour qui lui permet de se réaliser pleinement. »
(Pauline à la plage, 1983)
> Les Nuits de la Pleine Lune, par Elli & Jacno
Auteur d’albums qui comptent parmi les plus beaux de la fin des années 1960, avec un carré d’as que sont Scott, Scott 2, Scott 3 et Scott 4, publiés entre 1967 et 1969, Scott Walker s’est ensuite égaré en commettant des albums qui frisent l’hérésie et constitués uniquement de reprises. Pour ensuite de disparaître pendant de longues années.
Comment l’auteur d’un titre aussi sublime que Plastic Palace People a-t-il pu retourner sa veste de vison pour ne laisser apparaître que sa doublure en polyester ultra cheap ? Pour les classiques, je vous laisse acheter les albums (vous pouvez jeter un œil ici, ici et ici pour un aperçu). Pour ce qui est de la période cheap, voici une petite sélection des quelques titres qui surnagent du naufrage, curiosités pour fans only, toujours à la limite du bon goût, sans jamais vraiment y tomber.
Pour commencer, deux titres issus de son album reprenant des thèmes de cinéma The Moviegoer (1972) : Speak Softly Love, une reprise improbable du thème du Parrain ; The Summer Knows, composition de Michel Legrand pour le film Summer 42 qui aurait pu figurer sur Scott 1, 2, ou 3. Puis deux titres extraits de son album Any Day Now (1973) : le premier est une composition du brésilien Caetano Veloso sur laquelle Scott Walker s’en sort pas mal alors que l’exercice était plutôt casse-gueule (l’originale ici) ; le second est une reprise assez honnête d’un classique Motown, si on fait l’impasse sur le solo de guitare final.
Minuit ou presque. L’horloge d’Il est cinq heures vacille. L’occasion de vous souhaiter une année aussi drôle et émouvante que la scène des « petits pains » que Charlie Chaplin exécute lors de la soirée du nouvel an dans The Gold Rush (La Ruée vers l’or, 1925). Mon plus vieux souvenir de cinéma, qui remonte sans doute à une soirée de nouvel an, il y a longtemps, sous Giscard.
Il avait lancé le slogan un rien pervers « Would you let your daughter marry a Rolling Stone? » créant quasiment de toutes pièces l’image de bad guys de ses cinq protégés.
Andrew Loog Oldham, manager des Rolling Stones, récidive à l’occasion des fêtes de Noël 1963 en publiant dans l’un des plus célèbres hebdo musical anglais, le Record Mirror, la publicité ci-dessus, dans laquelle il souhaite un joyeux Noël aux « coiffeurs affamés et à leur famille ». La longueur des cheveux des Stones, pourtant encore très mesurée à cette époque, avait en effet fait réagir quelques mois plus tôt la corporation des coiffeurs britanniques qui s’était publiquement plainte qu’un tel laisser-aller capillaire influençait la jeunesse et que celle-ci finirait par ne plus aller se faire couper les tifs. Autrement dit, les Stones contribueraient à la ruine de toute une profession (le syndicat des marchands de cravates (sic) avait entamé une démarche similaire).
Pas rancunier et avec une élégance toute british, Oldham avait donc acheté des encarts dans les journaux pour souhaiter de bonnes fêtes aux merlans et à leur famille désormais sur la paille.
On aurait aimé que Mr Oldham fasse preuve d’autant de génie publicitaire lorsqu’il lança le magnifique premier album du jeune Duncan Browne, Give Me, Take You (1967). Au lieu de ça, son label Immediate étant empêtré dans des complications financières, il négligea totalement la promo du disque dont les exemplaires finir aussi sec au pilon avant qu’une réédition CD, il y a quelques années, nous rappelle le flair artistique incomparable de Oldham et le génie de Browne.
Les adolescentes des années 1960 avaient des goûts plus sûrs et plus simples que celles des années 2000 : pas d’iPode, ni de téléphone portable ou de console de jeu. Un Beatle tout simplement. Et en guise de lettre au Père Noël, un 45 tours.
Il y a tout juste 40 ans, en décembre 1969, John Lennon et Yoko Ono lançait à l’occasion des fêtes de Noël, une campagne un rien ambitieuse sous le slogan War Is Over (if you want it). L’ex-Beatle qui se reconvertissait alors dans la politique, avait pioché sans ses royalities pour financer et faire placarder dans les grandes capitales européennes d’immenses affiches reprenant ce slogan.
Le couple d’activistes publia deux ans plus tard un single intitulé Happy X-Mas (War Is Over), relativement dispensable. A l’inverse de la chanson de Scott Walker au titre similaire, War Is Over, enregistrée à la même époque et publiée sur l’album Til The Band Come In (1970) qu’il clôture (de la même façon qu’il clos Suspendue, court-métrage de Karine Wehbé et Philippe Azoury, tourné dans les décombres de la guerre du Liban de 2006). Chanson sublime et crépusculaire, peut-être sa plus belle, avant qu’il fasse le choix de se reconvertir, Dieu seul sait pourquoi, dans les reprises country.
« Il y eu tant de miracles à Copenhague… » chantait Philippe Katerine en 1996 sur ses Mauvaises fréquentations, près de trente ans après le Copenhagen de Scott Walker. Bossa magnifique, ouatée dans une douceur hivernale et bercée par une flûte soyeuse bientôt rejointe par un theremin.
« Comme si nous n’étions jamais revenu, de ce Noël à Copenhague ».
Dans les films de Douglas Sirk, il y a toujours des miroirs et des fenêtres dans lesquels les visages des personnages se réfléchissent. Les plus matinaux, comme Rock Hudson et Jane Wyman dans Tout Ce Que Le Ciel Permet (All That Heaven Allows – 1955), peuvent admirer la neige tomber et recouvrir le paysage.
« Ils passent Johnny Guitar en bas, il faut bien qu’ils s’instruisent ! » C’est, dans Pierrot Le Fou, ce que Belmondo répond sur le ton de l’évidence à sa femme qui se plaint que leurs enfants soient allés pour la troisième fois de la semaine au cinéma .
Le même Belmondo emmènera quelques années plus tard Catherine Deneuve voir ce film dans La Sirène du Mississippi de Truffaut. Celui-ci avait encensé le film de Nicholas Ray lors de sa sortie en 1954, parlant d’un « western rêvé, féerique, irréel au possible, délirant ».
Alors que notre affreux Jojo national est au plus mal, écoutons Peggy Lee chanter ses Johnny, en commençant par le sublime Johnny Guitar :
La dernière fois que nous avions été autant ému au cinéma c’était lors d’une projection cet été de Imitation of Life de Douglas Sirk. Il était également question de famille, de secrets, de départ, de maladie. En revanche était absente la figure du père qui tient dans La Famille Wolberg d’Axelle Ropert, le rôle central. François Damiens campe magnifiquement ce personnage de père-maire qui s’occupe de ses administrés comme s’il s’agissait de sa propre famille. Famille qui d’ailleurs se désagrège peu à peu mais qu’il s’évertue, parfois maladroitement mais avec une sincérité désarmante, à maintenir unie. Dans ce mélodrame bouleversant et gai à la fois, on apprend que l’important n’est pas d’être « dans la vie » ou « à côté de la vie » mais de pouvoir passer de l’un à l’autre. Une définition du cinéma en somme.
> Remove This Doubt, extrait de la BO de La Famille Wolberg, Face B d’un 45 tours des Supremes et véritable mélodrame de poche.
> Love In The Open Air (première escapade en solo de Paul McCartney pour la BO du film The Family Way en 1966)
Polystyrène TV, c’est une télévision-vision en matériaux modernes visant en résumé à réviser les usures imprévisibles du désir télévisuel. C’est aussi, un tout-nouveau-tout-beau label-musical qui dévoilera au public son écurie de jeunes poulains fraichement signés lors d’un show télévisé en direct et en public le 27 novembre à La Loge (Paris 11e).
Au programme de cette soirée BADABOUM: news, interviews, débats, jeux, tombola, duplex (Kyoto, Japon). Avec, pour la première fois réunis sur scène, les artistes du label : Mandy (rock spatial), Marinette (chanson d’amours minimales), MayuMayu (chanson traditionnelle onirique (en japonais) à la sauce synthétique, depuis Kyoto), les Brushing Brothers (duo rock-pop ou disco-punk libano-français) et UNIT731 (poésie décapée illustrée). Avec (sous réserve) un invité exceptionnel : Skippy-le-kangourou, vrai maire de Paris et probable candidat à l’élection présidentielle de 2012. Et en clôture, un concert du PDG-sans-parachute : Monsieur Untel (love-songs en français), escorté de Stéphane Cochet, au Fender Rhodes.
Si vous aussi êtes bien décidés à en finir une bonne fois pour toute avec les chanteurs-pour-poney et la variété avariée qu’on nous sert à la louche, rendez-vous vendredi 27 novembre à La Loge. Badaboum.
« La France est ma patrie… Je l’aime comme j’aime mon père et ma mère. Afin de lui prouver mon amour, je veux être un enfant laborieux et sage, pour être, quand je serai grand, un bon citoyen et un brave soldat ».
Il y a un siècle, en pleine Guerre mondiale, les élèves ne débattaient pas en classe de la question de l’identité nationale mais ânonnaient en chœur cette profession de foi du bon citoyen. On la retrouve dans une scène du premier épisode de La Maison des Bois, magnifique feuilleton en sept parties réalisé par Maurice Pialat pour la télévision en 1971.
Que la TV française ait donné à l’époque les moyens à un metteur en scène de réaliser un tel projet diffusé à une heure de grande écoute nous ferait presque regretter le temps de l’ORTF. Ici, pas d’intrigue mais une succession de moments vécus par quelques personnages à la campagne durant la Première Guerre mondiale. Trois jeunes garçons dont les pères sont au front, sont accueillis en pension par « Papa Albert », garde-chasse interprété avec humour et bonhommie par Pierre Doris, et « Maman Jeanne ». Les mères, à l’exception de celle du petit Hervé, viennent de Paris les visiter tous les dimanches. On croise également le marquis qui continue de lire assidument l’Action française, le cafetier fervent socialiste, Marcel le fils qui doit partir à la guerre, le sacristain qui force un peu sur le vin de messe.
Au moyen de plans séquences de plusieurs minutes, inhabituels à la télévision, Pialat laisse tourner la caméra pour nous faire partager du temps avec les protagonistes et dresse une sorte de tableau impressionniste (la scène de pique-nique du 3e épisode). La guerre n’est évoquée que de loin, par des lettres venant du front, le passage par le village d’une colonne de soldats, Pialat préfèrant s’attarder sur les gamins jouer entre eux à d’imaginaires batailles de tranchées.
Le réalisateur signe là son film le plus tendre dans lequel, à l’instar d’un Balzac, il peint la vérité humaine avec ce qu’elle comporte à la fois d’innocence et de cruauté. La Maison des Bois est un véritable plaidoyer pour l’amour qu’il faut revoir de toute urgence, en DVD ou sur le site de l’INA.
On vient d’apprendre la mort de Claude Lévi-Strauss survenue le week-end dernier. A l’occasion de ses 100 ans, nous avions parlé ici de cet immense penseur et de sa contribution à la compréhension et à l’acceptation de l’Autre dans son altérité et sa diversité. En plein débat sur l’identité nationale, cette disparition doit être l’occasion de puiser dans la pensée de cet homme illustre pour lutter fermement contre la dérive populiste et nationaliste du gouvernement français actuel.
Avant de passer au labo pour déterminer si oui ou non nous sommes plus Français qu’Eric Besson, voici la leçon n°1 : apprendre à chanter la Marseillaise.
Un seul la connaissait intégralement : Lucien Ginsburg, ruskov qui porta la « yellow star » de sherrif durant l’Occupation. Avec lui, sifflons la Marseillaise.
Il y a 25 ans, le 21 octobre 1984, disparaissait François Truffaut à l’âge de 52 ans.
Que reste-il aujourd’hui du réalisateur des Quatre Cents Coups ? Vingt-et-un longs métrages bien sûr qui, au fil des années, sont tous devenus des classiques du cinéma mondial. Mais c’est sans doute son amour du cinéma et de son rapport à la vie qui reste aujourd’hui plus vivant que jamais. En dépit de ce qu’affirme Ferrand, le réalisateur dans La Nuit Américaine, qui affirme que « les films sont plus harmonieux que la vie », Truffaut nous a appris à voir comment le cinéma cohabite avec la vie, comment l’un et l’autre s’assistent, se complètent mutuellement.
De tous les auteurs de la Nouvelle Vague, François Truffaut est sans conteste le plus sincère, le plus chaleureux, et, peut-être, le seul qui restera.
A noter la reparution de l’excellent article de Luc Moulet sur Truffaut, « La balance et le lien », publié dans Piges Choisies (Capricci). Sinon, pour tout savoir et voir sur Truffaut, une seule source : Pearltrees.
Il est blond, bien coiffé, le genre gendre idéal. Malgré les apparences, il ne s’agit pas de Jean Sarkozy mais de Scott Walker. Faux frère dans les Walker Brothers, il se lance en solo en 1967 et reprendra à plusieurs reprises Jacques Brel dont il s’était fait l’interprète anglophone et dont il a contribué a populariser l’œuvre au delà des frontières francophones. Pour son album Scott 3 (1969) il enregistre trois titres de Brel dont « Sons Of », dédié à tous les fils de.
Revolution 9, qui figure sur le double-blanc des Beatles (1968), a toujours eu une place particulière dans le cœur des fans du groupe anglais : la dernière. Avec la sortie aujourd’hui de la totalité des albums en version remasterisée, il y a de fortes chances que, en mono comme en stéréo, aucune modification ne soit apportée à ce classement.
Mais avec un Mickael Jackson six pieds sous terre et le divorce des frères Gallagher, les Beatles reprennent enfin leur place sur le trône. Ce qui ne les empêchent pas de poursuivre leur révolution en mettant sur le marché des disques alors même que le CD est en voie de disparition et que le single a remplacé l’album. Où comment nous mettre sur la paille quatre mois avant Noël et nous fâcher avec notre banquier.
Mais cette réédition est avant tout un défi pour la France. L’honneur de ce pays est en jeu : au classement des artistes ayant le plus vendus de disques en France entre 1955 et 2008, les Beatles arrivent à la… 8ème place, derrière, tenez-vous bien : Johnny, Sardou, Goldman, Sheila, Céline Dion, Claude François et Cabrel. Face à cet affligeant tableau, un seul geste civique : racheter tout le catalogue des Beatles.
Sinon, les Beatles sur internet, c’est sur Pearltrees et nulle part ailleurs :
John Coltrane, Cannonball Adderley, Miles Davis & Bill Evans enregistrent Kind of Blue
Après le Prince du mélodrame, Douglas Sirk, Il est cinq heures, toujours ponctuel, célèbre aujourd’hui le Prince du cool jazz, Miles Davis, dont l’album Kind of Blue est sorti il y a exactement 50 ans, le 17 août 1959.
Disque parfait, inépuisable, Kind of Blue demeure un demi-siècle après son enregistrement un album résolument moderne. « Le musique est devenue trop compliquée » déclarait Miles en 1958. « On me donne des morceaux pleins d’accords. Je ne peux pas les jouer… Je crois que dans le jazz, un mouvement commence à s’éloigner du traditionnel système d’accords, pour revenir vers le fait de mettre l’accent sur les variations mélodiques plutôt qu’harmoniques. Il y aura moins d’accords, mais des possibilités infinies de combinaisons entre eux ». Bref, avec ce disque, Miles Davis signait le retour de la mélodie dans le jazz. Et par là même, un authentique chef d’œuvre qui, selon les mots du batteur de l’album, Jimmy Cobb, « avait dû être enregistré au paradis ».
« Peu importe, Godard, Fuller, moi ou un autre, aucun de nous ne peut arriver à la cheville de Douglas Sirk. J’ai vu six films de Douglas Sirk. Parmi eux, il y avait les beaux du monde » (R. W. Fassbinder, Les films libèrent la tête, L’Arche, 1984).
Je n’en ai vu que trois, mais mon constat est le même : les films de Douglas Sirk sont parmi les plus beaux jamais réalisés. « Chef-d’œuvre », « bouleversant » : bien que galvaudés par les critiques, ces deux mots sont bel et bien les seuls à même d’exprimer l’émotion ressentie à la vision de ces films, qu’il s’agisse de Ecrit sur le vent, Tout ce que le ciel permet ou de Le Temps d’aimer et le temps de mourir (un titre qui à lui seul résume le propos de Sirk dans nombre de ses films).
Entre 1953 et 1959, Sirk à tourné sept mélos capitaux. Le dernier d’entre, eux (et le dernier du réalistateur), Imitation of Life (Le Mirage de la Vie), est souvent considéré comme étant le plus beau. Si la réussite d’un film se mesurait aux nombre de larmes versées et du chamboulement émotionel qu’il provoque lors de sa projection, il faudrait alors remettre la palme au Mirage de la Vie.
Du générique (des diamants qui tombent lentement jusqu’à remplir l’écran tandis que les noms des acteurs apparaissent en surimpression) au carton de fin, chaque image est un véritable enchantement. « J’ai l’impression que les images durent deux fois plus que celles des films habituels, un quarante-huitième de seconde au lieu d’un vint-quatrième de seconde » écrira Godard dans sa critique des Cahiers du Cinéma à la sortie du film. Imitation of Life met en scène des personnages qui butent perpétuellement sur la réalité de la vie et les mirages que celle-ci produit. Chacun essaie de prendre ses désirs et ses envies pour des bien propres. Mais la réalité sociale les rattrape à chaque fois.
Suronommé « le Prince du mélodrame », Douglas Sirk mériterait en fait le titre de Dieu du mélodramme. Un genre cinématographique qu’il su réinventer et dépasser pour le sublimer. Car derrière les films à l’eau de rose auquel on pourrait s’attendre à la lecture des résumés de scénarios, se cache une virulence et une émotion brute emprunt de ce que certains ont pu appeler un « réalisme fantastique ».
On pourrait parler des couleurs, toujours magnifiques, du choix impécables des acteurs, des décors – dans lesquels les miroirs, les fenêtres et les escaliers tiennent une place prépondérante -, de la neige et des saisons qui passent, du rôle de premier rang que tiennent les femmes dans ses films… On aurait pas plus fait le tour d’une œuvre magistrale et unique.
Les films de Douglas Sirk sont parmis les plus beaux du monde.
Dix ans après la sortie de Imitation of Life, les Supremes enregistrèrent un hommage inattendu à ce film sous le titre I’m Leaving In Shame. Une belle chanson dans la plus pure tradition Mowton dont les paroles font directement référence à l’histoire des personnages de Annie et Sarah Jane.
Dans une interviewà Playboy publiée dans le numéro de mars 1969, et que la revue Books cite dans sa dernière livraison, Marshall McLuhan expliquait que les médias, produits du cerveau humain, sont une « extension [du corps] de l’homme, qui induit chez lui des changements profonds et durables et transforme son environnement ». Après les inventions de l’écriture phonétique puis de l’imprimerie, celle des médias « électriques » introduisait à ses yeux une mutation beaucoup plus rapide et plus radicale encore que les précédentes : « Les médias électriques représentent une transformation totale et presque instantanée de la culture, des valeurs et des attitudes. »
Selon McLuhan, « le présent est invisible », c’est-à-dire que chaque fois que se produit une innovation importante, « le système nerveux central produit une anesthésie autoprotectrice » qui le prémunit contre la « pleine conscience » de ce qui lui arrive.
L’anesthésie, j’en connais un rayon et il semble bien que les promoteurs de la loi Hadopi soient sous l’effet d’un sédatif ultrapuissant, façon Tour de France, pour pondre une législation aussi inutile, totalement à contre courant de la révolution technologique en cours.
Le nouvel environnement créé par une innovation « ne devient pleinement visible qu’après son remplacement par un nouvel environnement : nous avons toujours un temps de retard dans notre vision du monde » poursuit l’américain. Du coup, on comprend qu’après coup.
L’editorialiste de Books note ainsi que, je cite, « la difficulté de comprendre la mutation présente et le mécanisme d’autoprotection décelé par McLuhan suscitent assez logiquement deux réactions contraires. La première consiste à se défendre contre le risque du nouveau en survalorisant les mérites de l’environnement précédent. La seconde consiste à se défendre contre la crainte de ne pas comprendre en survalorisant les mérites du nouvel environnement, tel du moins qu’on le perçoit ».
Hadopi est clairement dans le premier camp. Et vous ? Quant à moi…