Archives mensuelles : février 2010

Fantastic Mr. Wilson

Cinéma « vignette », « d’ameublement », « affecté »… Les films de Wes Anderson ne plaisent pas à tout le monde. Bien qu’imparfaits, ils n’en restent pas moins réjouissants et uniques en leur genre. Outre leur esthétique soignée et ultra-personnelle, les films du plus newyorkais des réalisateurs texans bénéficient tous d’une bande-son exceptionnelle. Et s’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Wes Anderson, ce sont ses goûts musicaux et le soin qu’il apporte à l’élaboration de la BO de chacun de ses films. Des Creation de Rushmore aux Zombies de Life Aquatic en passant par les Kinks de Darjeeling Limited, c’est un sans faute.

Fantastic Mr. Fox n’échappe pas à la règle et hérite d’une partition au poil. Aux côtés des compositions originales confiées au toujours très inspiré Alexandre Desplat, on retrouve Street Fighting Man, hymne de révolte des Rolling Stones, le magnifique Grand Choral composé par George Delerue pour La Nuit Américaine de François Truffaut et… les Beach Boys, choix tellement évident qu’on se demande pourquoi Anderson a attendu son sixième film pour faire appel au génie de Brian Wilson et ses frères.

Les films du réalisateur américain content en effet grosso modo à chaque fois la même histoire : celle d’une famille foutraque avec à sa tête un père frapadingue (Bill Murray dans Life Aquatic et Rushmore, Gene Hackman dans Tenenbaum, Mr. Fox dans… Mr. Fox). Et que sont les Beach Boys si ce n’est une fratrie de types aussi torturés que géniaux, Brian, Dennis et Carl Wilson, affublé de leur ignoble cousin Mike Love et tyrannisés par un manager de père, alcoolique et brutal, Murray « I’m a genius too » Wilson ? Si on ajoute à cela que les meilleurs amis, acteurs et co-scénaristes de Wes Anderson sont les frères Owen et Luke Wilson…

Mélange de mélancolie et d’exubérance, la musique des Beach Boys est le groupe wesandersonien par excellence et l’association de Mr. Anderson et de Mr. Wilson tombait sous le sens. On retrouve ainsi trois chansons des Beach Boys au générique de Mr. Fox : l’inusable I Get Around (1965), l’un des plus grands hits du groupe et tube intemporel ; Heroes and Villains (1967) masterpiece en forme de puzzle musical, sorte de « suite » contant l’histoire des pionniers américains ; enfin, Ol’ Man River (1969), traditionnelle folk song sublimée par la performance vocale des garçons de la plage. Trois titres, trois facettes du génie de Brian Wilson, trois bonne raison d’aller voir Mr. Fox au cinéma.

> Heroes and Villains : la version du film est celle du 45t officiel ; la présente version est un montage de 8 minutes à partir des multiples fragments enregistrés en studio, et une tentative (tentation ?) de recoller les pièces du puzzle laissées en vrac par Brian Wilson suite au naufrage de Smile.
> Old Folks At Home / Ol’ Man River : inédit et bonus track de l’album 20/20.
> Old Man River (vocal section) : section a cappella de la même chanson que l’on retrouve sur la BO de Fantastic Mr. Fox.

Pearltree Wes Anderson
wes anderson

Strawberry Lane Liverpool Tour

En 1967, Google Map n’existait pas. Aussi, pour la sortie le 17 février 1967 du 45 tours Strawberry Fields For Ever / Penny Lane des Beatles, EMI Parlophone eu la bonne idée de publier cette publicité dans la presse musicale de l’époque. Pour la première fois, la pop music ne mettait pas à l’honneur une grande ville américaine, Kansas City ou Memphis, mais une ville de province sinistre du nord de l’Angleterre, Liverpool. Grâce à ce plan, chacun pouvait alors opérer une visite virtuelle sur le terrain d’enfance des Fab Four (aujourd’hui, ça donnerait ceci)

Dans In My Life (Rubber Soul, 1965), Lennon avait une première fois revisité les lieux de mémoire de son enfance. Avec Strawberry Fields / Penny Lane, paru quelques mois aves Sgt Peppers (les Beatles était bien le seul groupe à pouvoir se payer le luxe de publier leurs meilleurs titres hors albums), le tandem Lennon-McCartney poursuivait son magical mystery tour dans la ville de leur enfance et par la même occasion faisait éclater les limites de la chanson pop, composant dès lors de véritables mini-symphonies de 3min30.

Les Beatles était également le seul groupe à pouvoir se payer le luxe de sortir un single sans face B mais avec deux Face A :

Face A : Strawberry Fields For Ever, mille-feuilles symphonique sous LSD, véritable tour-de-force technique et sommet surréalistico-poétique de l’œuvre de Lennon.

John & Paul, tranquilles, sur le tournage du clip de Strawberry Fields For Ever

Face A : Penny Lane, cavalcade cuivres au clair célébrant le mariage parfait du baroque et de la pop.

John & Paul à cheval sur Penny Lane

Véritable chef-d’œuvre de la musique pop, Strawberry Fields / Penny Lane, how ironic, sera le seul disque des Beatles à ne pas atteindre la première place des charts dans leur pays, devancé d’une tête par l’inepte Release Me de l’affreux Engelbert Humperdinck.

> Allegro moderato du Concerto brandebourgeoisn°2 de J-S Bach, dont la partie de picolo a fortement inspiré McCartney pour les cuivres de Penny Lane.
> Excellent article psychanalytique sur la genèse et la représentation de ces deux titres dans l’histoire du groupe et de la pop music en général.

Le dandysme en 3D

« Les miroirs réfléchissent trop. Ils renversent prétentieusement les images et se croient profonds » disait Jean Cocteau, dans le Le Testament d’Orphée. Mais, Charles Baudelaire nous ne nous rappelait-il pas que « les miroirs sont les portes par lesquelles la Mort va et vient » et que « le dandy doit aspirer à être sublime sans interruption. Il doit vivre et dormir devant un miroir »

> I’ll Be Your Mirror, The Velvet Underground & Nico (1967)
> I’ll Be Your Mirror, Lou Reed and Nico Hotel Room Demo (1966)
> The Mirror, Montage (1969)
> Dandy (Kinks cover), Barbara Carlotti aka Dandygirl (avec aux chœurs, outre votre serviteur, Prayer, moitié d’Haussmann Tree, le groupe pop français le plus inventif du moment, Tristan Poupée, papier-couronné songwriter de l’année et Waldemar Daninsky, alias Telek).