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Mieux qu’une série américaine… Roz Chast !

Bonne année

Bonne année !

Au début, je pensais que Roz Chast était un homme. Un vieux New Yorkais cynique et désopilant, un Woody Allen de la caricature, un Philip Roth du stylo feutre. Depuis vingt ans, son nom signe (à mon avis) les caricatures les plus étonamment drôles du New Yorker. Si vous ne voyez pas de qui je veux parler, regardez ci-dessus et dessous.

En réalité, Roz Chast est une petite dame blonde qui vit paisiblement dans le Connecticut, elle est mariée et mère de deux enfants. Elle est née à Brooklyn de parents instituteurs. C’est en 1978 qu’elle vend sa première caricature au New Yorker, à l’époque où celui-ci publiait surtout le genre de dessin dans lequel deux hommes assis à un bar échangent un bon mot d’un air imperturbable.

Son monde est peuplé de mères de familles assaillies par des peurs irrationnelles, d’objets qui se rebellent et d’inombrables cartes de vœux, publicités et autres fausses couvertures de magazines qui, au lieu de flatter leurs lecteurs, exploitent leurs aspirations manquées et leur paranoïa rampante.

Si je compare Roz Chast aux meilleurs satiristes américains, c’est parce qu’elle a non seulement un coup de stylo reconnaissable entre tous – ces personnages aux contours frémissants qui suent l’angoisse par tous les pores – mais aussi parce que son travail est merveilleusement écrit. 

Un recueil paru en 2006, Theories of Everything, reprend ses meilleurs cartoons.

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La vie de famille selon Roz Chast

La vie de famille selon Roz Chast

Roz Chast par elle-même

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Une semaine pluvieuse à Paris avec Jonas Mekas

Jonas Mekas

Jonas Mekas

En ces jours électoraux, qui a remarqué la présence à Paris du New Yorkais Jonas Mekas ? L’auteur de « Walden » et le praticien le plus illustre du « journal filmé » était pourtant là dans les rues du quartier Saint Sulpice, son chapeau noir vissé sur la tête, l’œil sibyllin, hésitant entre l’exposition Prévert et la dégustation d’un nouveau plateau de fromages français. « Here I am, my friends! » L’internationale des fans de Mekas était au rendez-vous, moi la première.

Deux projections marquaient sa venue. En même temps que la FIAC, The Film Gallery présentait Williamsburg , « à la fois son premier et son dernier film » : son œuvre la plus récente qui comprend certaines de ses toutes premières images de cinéma. Nouveauté de ce film, Jonas Mekas a ressuscité parmi ces images initiales celles qu’il avait écartées jadis lors du montage de son opus plus ancien Lost Lost Lost en 1975-1976. Images apparemment maladroites ou anodines, elles se révèlent plus proches du sens de la fugacité qu’il rechercha ensuite constamment dans son journal. Ces plans furent tournées à son arrivée à New York en 1949, après deux années d’errance dans des camps de « personnes déplacées » à travers l’Europe.

« Williamsburg était un petit quartier misérable de Brooklyn habité à l’époque par des immigrants lithuaniens » écrit Mekas à propos de ce film. « C’était mon nouveau logis. Un logis misérable mais un logis tout de même. Comme je savais qu’Henry Miller avait vécu à Williamsburg, je passais devant chez lui tous les jours. J’étais heureux d’être là. Et j’étais libre. J’étais libre et je venais juste d’acquérir ma première caméra Bolex. »

L’appartement privé du Marais au milieu duquel trônait le projecteur 16mm offrait un décor antithétique mais parfaitement adéquat à ce film – il s’agissait après tout d’un « home movie »…

Quelques dégustations de fromages plus tard, Light Cone montrait Laboratorium Anthology Film Archives, qui nous fait pénétrer dans le quotidien du lieu de collecte et de diffusion du cinéma que Mekas fonda en 1970.

Outre le sens de la liberté qui émane de ce film, il s’apparentait aussi à un puissant appel au don – voir à un appel au secours… Les tuyaux du bâtiment fuient, les livres et les films s’entassent – près de 15 000 bobines, non répertoriées. Les fondateurs avouent leur incompétence en matière de gestion. Les « réunions de bureau » se transforment en concert de couverts en plastique et de bouteilles de bière. Un carton titre nous rassure : « La vie à l’AFA est légère et romantique ». Près de la fin du film, Mekas debout sur le trottoir devant ses bureaux, pose son chapeau à terre et entame un numéro de claquettes (il doit avoir près de 70 ans). Un passant lui jette une pièce en riant. Il conclue : « C’est ce que nous faisons ici. »

C’était le 4 novembre. Il fallait apprécier le contraste existant entre les vidéos de propagande léchées de la campagne présidentielle et les images titubantes des couloirs d’Anthology, parcourus par des visiteurs du soir perdus parmi d’autres – Patti Smith, Stan Brakhage, Susan Sontag…