Archives de Tag: Beyrouth

Une apparition



« Elle a une voix enchanteresse et parle l’anglais avec une pureté admirable. C’est une femme superbe, avec un air très vague très doux, le nez est un peu relevé mais droit et spirituel, la taille élancée, un visage d’un ovale très pur, un ovale un peu triangulaire, mais le teint est lumineux et comme éclairé de l’intérieur. (…) Ce n’est pas une femme, c’est une apparition ».

Rien à ajouter à la description parfaite du détective Doinel dressant le portrait robot de Delphine Seyrig alias Mme Tabard dans Baisers Volés de François Truffaut (1968).

Inoubliable également, la subtile distinction entre tact et politesse que Mme Tabard enseigne au jeune Doinel : « un monsieur en visite pousse par erreur la porte d’une salle de bain et découvre une dame absolument nue. Il recule aussitôt, referme la porte et dit : “Pardon madame.” Ça, c’est la politesse. Le même monsieur poussant la même porte découvrant la même dame complètement nue sort, lui, en disant : “Pardon monsieur.” Ça, c’est le tact. J’ai compris votre fuite, à demain. »

Delphine Seyrig, une apparition disparue il y a 20 ans, le 15 octobre 1990. Elle nous était attachée et attachante par bien des aspects : elle était née à Beyrouth, ville chère à notre cœur, figurait en couverture de notre exemplaire lycéen du Lys dans la Vallée, premier Balzac lu et très vite relu avant de la découvrir sur grand écran se perdre dans les méandres de Marienbad puis interpréter l’inoubliable Fabienne Tabard dans Baisers Volés, notre Truffaut préféré, version moderne d’Un début dans la vie du même Balzac.

Apparition devenu fée dans Peau d’Âne de Jacques Demy pour lequel elle enregistra sa version des Conseils de la fée des Lilas qui ne fut pas retenu dans le montage final. Quel dommage, « mon enfant ».

> Conseils de la fée des Lilas, par Delphine Seyrig, 1970.

> Thème de « Fabienne », par Antoine Duhamel, BO de Baisers Volés, 1968

> Que reste-t-il de nos amours?, par Charles Trenet, 1943.

Exile on Beirut Streets

Le poème de Beyrouth

Une pomme à la mer. Narcisse de marbre. Papillon de pierre. Beyrouth.

La forme de l’âme dans le miroir

description de la première femme, parfum de nuages

Beyrouth de fatigue et d’or, d’Andalousie et de Syrie

argent natif. Ecume. Testament de la terre dans le plumage des colombes. Mort d’un épi. Errance d’une étoile entre moi et Beyrouth mon amour. Jamais auparavant je n’ai entendu mon sang prononcer le nom d’une amante profondément endormie sur mon sang

dans l’orage sur la mer, nos avons découvert le Nom, dans le goût de l’automne et des oranges des émigrants du Sud. Pareils à nos ancêtres, nous venons à Beyrouth pour venir à Beyrouth

d’une pluie, nous avons construit une baraque, si le vent ne court pas, nous ne courons pas, comme un clou planté dans l’argile, le vent creuse notre cave, nous nous serrons ainsi que des fourmis dans la petite cave.

(…)

Une pomme à la mer. Femme du sang pétri dans les arcs-en-ciel

damier de la parole

le reste de l’âme. Rosée en détresse

lune fracassée sur le parterre de la pénombre

Beyrouth. Hyacinthes tonitruantes de clarté sur le dos des pigeons

Nous les arborerons comme un rêve. Nous les arborerons quand nous le voudrons. Nous les mettrons à nos cous

Beyrouth lis des ruines

premier baiser. Eloge de l’eucalyptus. Manteaux pour la mer et les tués

toits sur les étoiles et les tentes

poème de la pierre. Collision entre deux alouettes dans une poitrine

ciel veuf assis tout pensif sur un rocher

fleur audible, Beyrouth. Voix de démarcation entre la victime et le glaive

enfant qui a renversé toutes les tables des lois

tous les miroirs

puis … s’est endormi.

Mahmoud Darwich (1981)

> Sabah : Allo Beirut

Jack Ben et Son Laden, american idols

Ben_Laden_Michael_Jackson

Michael, fils de Jack, et Oussama, fils de Laden. Deux idoles, certes incomparables, l’un prônant la fraternité quand l’autre s »échine à répandre la terreur, mais deux idoles quand même.

Je ne sais pas où a été prise cette photo. Je l’ai trouvé sur ce site. Elle aurait pu être prise à Beyrouth d’où je reviens tout juste. Non pas que les Libanais soient, quoi qu’en disent certains médias et dirigeants politiques, des partisans de l’affreux Ben Laden (il y a bien entendu quelques illuminés manipulés et tendus de la gâchette mais ils sont, Dieu merci, minoritaires), mais de tels contrastes, le King of Pop à côté du king of terrorism, sont si fréquents qu’on s’en étonnerait à peine.

Je me souviens par exemple d’avoir vu dès 2002, à l’occasion de Mardi Gras, des masques de Ben Laden côtoyer ceux de Mickey, Barbie et Spiderman dans les vitrines des magasins, y compris dans les quartiers chrétiens. De même, en plein quartier conservateur musulman, il ne faut pas s’étonner (ni s’attarder trop longuement non plus !) devant certaines devantures de boutiques de lingerie féminine à faire rougir de honte Pigalle (un aperçu sur le blog de l’excellente Karine W., graphiste, artiste et photographe beyrouthine sur qui nous reviendrons très vite).

Les exemples abondent mais il serait maladroit d’en faire une généralité. Certes, les Libanais, et en particuliers les Beyrouthins, sont tous peu ou prou atteints d’une forme de schizophrénie. Mais la réalité est plus complexe (le sujet d’un livre en fait, auquel je m’attèle au plus vite).

Pour en revenir à cette photo, il faudrait mener une vraie réflexion sur la figure des stars aujourd’hui, vedettes d’hier v/s idoles du 3e millénaire. Sujet sur lequel s’est penché l’incontournable Stetoscope, l’une des têtes pensantes de Pearltrees, analysant le rôle d’internet dans la disparition des stars telles qu’on les a connues au XXe siècle.

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Ben, Michael Jackson

Vidéo Live à Paris

* ست ساعات

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* Il est six heures

Retour aux sources : Il est cinq heures avance sa pendule d’une heure et s’exile pour trois semaines dans la plus belle ville du monde : Beyrouth (GMT+1).

Photo : carte postale des 70’s issue du projet « Wonder Beirut » des artistes libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (voir leur site)