Archives mensuelles : novembre 2008

Puisque l’on vous dit que c’est in-ter-na-tio-nal !

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Mardi 2 décembre, en plus d’être le jour béni (oui oui)  qui m’a vu naître un triste jeudi des années 70 (à l’époque c’était la crise pétrolière comme quoi le monde progresse), est LE jour où il faut être à l’International 5/7 rue Moret dans le 11ème à Paris.

Pourquoi? Parce qu’il y aura sur scène le meilleur de l’avant-garde parisienne, berlinoise et cali(fourchon?)fornienne…

Sur scène Jean-Pierre Petit membre fondateur de françoise (en lien ci-dessous), JP Nataf, Rusty Miller (ex Jackpot meilleur groupe de la planète selon le New York Times, les Inrocks et Il est cinq heures) et Mark Mulholland.

On vous y croise, on vous embrasse.

Ici le lien facebook de l’événement.

Lévi-Strauss 101

claude_levi_strauss1 Plutôt que d’imposer aux écoliers la récitation de la lettre de Guy « ma petite maman chérie » Moquet, Sarkozy ferait bien mieux de rendre obligatoire la lecture de Race et histoire de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, qui entre aujourd’hui 28 novembre dans sa 101e année. Celui qui a prononcé en juillet 2007 le fameux discours de Dakar au ton colonialiste et paternaliste, et pour qui « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », serait en effet bien inspiré de se plonger dans la lecture de cet essai incontournable. Ce qu’il n’a à l’évidence jamais fait. Ou il serait tombé sur ce passage, page 22 : « En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie ».

Commandé en 1952 au célèbre anthropologue par l’Unesco qui publiait à l’époque une série de brochures consacrées au problème du racisme dans le monde, ce livre est ni plus ni moins un précis de notre manière contemporaine de penser l’humanité. La diversité des cultures, le rôle de la civilisation occidentale dans le processus historique, la place du hasard, la relativité du progrès, tels sont les thèmes majeurs de Race et histoire où l’ethnologue fait une distinction pertinente entre « histoire cumulative » et « histoire stationnaire ». A l’inégalité des races, Claude Lévi-Srauss oppose l’inégalité des cultures.

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Avec les années, Claude Lévi-Strauss porte un regard de plus en plus pessimiste sur notre monde. En témoigne cette récente déclaration : « ce que je constate, ce sont les ravages actuels ; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime. » Nous non plus. Mais en attendant mieux, replongeons-nous dans Race et histoire, dont voici le dernier paragraphe :

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Dernière minute : Sarko vient de gagner en appel dans l’affaire de la poupée vaudou à son effigie au même moment où l’on célèbre les 100 ans de Lévi-Strauss. Drôle de coïncidence, non ?

Pourvu qu’on ait l’ivresse…

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Un an avant que Truffaut ne découvre celui qui deviendra son alter-ego, Léaud / Doinel, un jeune cinéaste de 22 ans, Jean-Daniel Pollet (1936-2004), tourne son premier court métrage avec pour acteur principal un adolescent au physique improbable qui deviendra son acteur fétiche. Ce pierrot la Lune, c’est Claude Melki (1939-1994) ; le film : Pourvu qu’on ait l’ivresse…, premier prix du court métrage à scénario (sic !) au Festival de Venise 1958 et véritable enchantement visuel.

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Dans un dancing de banlieue, un jeune homme ajuste sa cravate devant un miroir avant de pénétrer dans la salle ou des couples dansent sur des airs de mambo, calypso et autres cha cha cha. Assis à une table, cette « grande ombre de Buster Keaton dont il a le regard, la silhouette, la légèreté lunaire de clown triste » dixit Pollet, attend son heure. Autant Antoine Doinel est volubile et débrouillard, autant Léon / Claude Melki est introverti et maladroit. Entre deux tentatives infructueuses d’inviter une jeune femme à danser, ce velléitaire invétéré étudie les techniques des autres hommes. En vain, jusqu’à ce que…

Dans ce court métrage de 21 minutes sans dialogue mais musical, Claude Melki, acteur amateur tout droit sorti du muet bien que né à l’époque du parlant, est proprement saisissant. Et immédiatement attachant. Tombé du ciel (ou plus exactement de la Lune), il est filmé avec une grande tendresse par Pollet qui évite à la fois la moquerie et la compassion. Le tour de force de ce film est d’ailleurs d’avoir su donner à un personnage aussi effacé une véritable dimension.

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Cinquante ans après sa sortie, Pourvu qu’on ait l’ivresse… (quel titre !) est par ailleurs un témoignage frappant de ce que pouvait être le Paris d’alors. Un Paris où noirs, antillais, maghrébins, gitans et titis coexistent dans la vie comme sur la piste de danse dans un grand bal fraternel.

Le metteur en scène italien Ermanno Olmi a réalisé en 1961 un film intitulé Il Posto qui compte l’histoire d’un jeune homme au physique étrangement proche de celui de Melki et qui fait une entrée périlleuse dans la vie adulte. Ce film attachant, sorte de trait d’union entre les 400 coups et Antoine et Colette de Truffaut, se conclut par une scène de bal hilarante très proche de Pourvu qu’on ait l’ivresse… qu’Olmi a sans aucun doute vu et auquel il rend un remarquable hommage.

En savoir plus sur le couple Pollet / Melki et notamment sur leur improbable rencontre.

Et enfin, visionner Pourvu qu’on ait l’ivresse…

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Ceci n’est pas un Magritte

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Ceci est un McGritt.
Je m’explique : ne perdant jamais une occasion de parler des Beatles (on en parlera jamais assez), je récidive aujourd’hui 21 novembre 2008, date anniversaire de René Magritte, né il y a exactement 110 ans et mort en plein summer of love, en août 1967, un an avant le lancement d’Apple Corps Ltd, la société d’édition des Beatles. Le rapport ? Amateur d’art, à la pointe de l’avant-garde, seul Beatle vivant à Londres quand les trois autres pantouflaient déjà dans les joies de la vie familiale dans leurs manoirs de la campagne anglaise, Paul McCartney possédait, entre autres, un tableau de Magritte dont il s’est inspiré pour concevoir le logo d’Apple.

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Pour ceux qui douteraient de l’avant-gardisme du Beatle Paul (« avant-garde » is the french word for « shit » » avait déclaré Lennon à l’époque), la lecture de la biographie que lui consacre Barry Miles, Paul McCartney, Many years from now, remet les pendules à l’heure en nous relatant quelques anecdotes telles le soutien actif de McCartney à l’ouverture de la librairie underground Indica par le même Miles. Le bassiste des Beatles y traina un jour de force Lennon qui, en novembre 1966, y fit la connaissance d’une artiste japonaise qu’il ne quittera plus…

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Si Apple Records fut un désastre financier à l’époque, le département marketing de la compagnie avait eu quelques idées pas dégeu. Comme par exemple, comble de la classe du Swinging London, des allumettes Apple Records avec lesquelles vous pouviez tranquillement allumer le clope de votre voisine assise au bar tout en surveillant distraitement l’heure sur votre montre-bracelet ornée du logo à la pomme. Ceci ne vous empêchant en rien de commander au barman quelques Dry Martini bien entendu.

ringoapple2 Conseil du jour : « an Apple a day, keeps the doctor away ». Un adage que Ringo a pris à la lettre et à pleines dents. Ringo Starr est immortel. CQFD.

PS : un aimable lecteur m’a donné les photos du tableau de Magritte ayant insprié Paul. En prime une photo de l’intéressé, tranquille à la maison avec la toile au mur.

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Peellaert, Rock’n’Rêves

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A travers la fenêtre d’un « deli » new-yorkais, assis côte à côte, Elvis, Lennon, Dylan, Jagger et Bowie, un peu las, le regard dans le vide. Cette brochette de rêve, c’est la célèbre couverture de Rock Dreams (1972), livre culte vendu à plus d’un million d’exemplaires. L’auteur de cette fresque est le dessinateur belge Guy Peellaert, décédé lundi à Paris à 74 ans.

peellaert-couv Auteur de BD pop et sexy dans les années 60 (Jodelle et Pravda, la Survireuse), de pochettes de vinyls pour les plus grandes stars des seventies (It’s Only Rock n’Roll des Stones, Diamond Dog pour Bowie) et d’affiches de film (Taxi Driver de Scorsese, Paris Texas de Wim Wenders), le nom de Guy Peellaert restera à jamais associé à ces « rêves de rock ». Dans ce livre, celui qui se qualifiait lui-même de « faiseur d’images » , utlise un mélange habile de dessins et de photomontages pour élaborer une série de tableaux fantasmagoriques mettant en scène les artistes rock. Des Beatles prenant le thé avec la Reine aux Stones pédophiles en uniforme nazi, en passant par Brian Wilson au piano au bord de la folie dans son bac à sable ou encore Dylan (Superstar Bob) en fourrure, calé à l’arrière d’un cab, les tableaux du dessinateur nous transportent dans un univers mythologique où se bousculent rêve et réalité. Avant d’aller rejoindre Brian Jones et Hendrix, Peelaert aura fixé à jamais dans nos mémoires ces icônes déglingues et autres allégories des tragédies du rock.

St Elvis priez pour lui.elvis_8082

traversée

Ma soeur a peur de la crise

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