Archives de Catégorie: jour

Tristes tropiques

Claude Levi Strauss

On vient d’apprendre la mort de Claude Lévi-Strauss survenue le week-end dernier. A l’occasion de ses 100 ans, nous avions parlé ici de cet immense penseur et de sa contribution à la compréhension et à l’acceptation de l’Autre dans son altérité et sa diversité. En plein débat sur l’identité nationale, cette disparition doit être l’occasion de puiser dans la pensée de cet homme illustre pour lutter fermement contre la dérive populiste et nationaliste du gouvernement français actuel.

Antoine, Colette, Jules, Jim et Adèle étaient en noir

François Truffaut

Il y a 25 ans, le 21 octobre 1984, disparaissait François Truffaut à l’âge de 52 ans.
Que reste-il aujourd’hui du réalisateur des Quatre Cents Coups ? Vingt-et-un longs métrages bien sûr qui, au fil des années, sont tous devenus des classiques du cinéma mondial. Mais c’est sans doute son amour du cinéma et de son rapport à la vie qui reste aujourd’hui plus vivant que jamais. En dépit de ce qu’affirme Ferrand, le réalisateur dans La Nuit Américaine, qui affirme que « les films sont plus harmonieux que la vie », Truffaut nous a appris à voir comment le cinéma cohabite avec la vie, comment l’un et l’autre s’assistent, se complètent mutuellement.

De tous les auteurs de la Nouvelle Vague, François Truffaut est sans conteste le plus sincère, le plus chaleureux, et, peut-être, le seul qui restera.

Grand Choral, La Nuit Américaine, Georges Delerue.

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A noter la reparution de l’excellent article de Luc Moulet sur Truffaut, « La balance et le lien », publié dans Piges Choisies (Capricci). Sinon, pour tout savoir et voir sur Truffaut, une seule source : Pearltrees.  François Truffaut 

Qu’est ce que l’art, Jean-Luc Godard ?

cinema français crève sous les fausses légendes

« C’est le délire d’interprétation de la vie » avait écrit Louis Aragon dans un texte magnifique consacré à Pierrot le Fou.

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Marianne et Ferdinand
Ma ligne de chance

Revolution (200)9

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Revolution 9, qui figure sur le double-blanc des Beatles (1968), a toujours eu une place particulière dans le cœur des fans du groupe anglais : la dernière. Avec la sortie aujourd’hui de la totalité des albums en version remasterisée, il y a de fortes chances que, en mono comme en stéréo, aucune modification ne soit apportée à ce classement.

Mais avec un Mickael Jackson six pieds sous terre et le divorce des frères Gallagher, les Beatles reprennent enfin leur place sur le trône. Ce qui ne les empêchent pas de poursuivre leur révolution en mettant sur le marché des disques alors même que le CD est en voie de disparition et que le single a remplacé l’album. Où comment nous mettre sur la paille quatre mois avant Noël et nous fâcher avec notre banquier.

Mais cette réédition est avant tout un défi pour la France. L’honneur de ce pays est en jeu : au classement des artistes ayant le plus vendus de disques en France entre 1955 et 2008, les Beatles arrivent à la… 8ème place, derrière, tenez-vous bien : Johnny, Sardou, Goldman, Sheila, Céline Dion, Claude François et Cabrel. Face à cet affligeant tableau, un seul geste civique : racheter tout le catalogue des Beatles.

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Sinon, les Beatles sur internet, c’est sur Pearltrees et nulle part ailleurs :
 Lucy in the web with pearltrees 

« Les films de Douglas Sirk libèrent la tête »

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« Peu importe, Godard, Fuller, moi ou un autre, aucun de nous ne peut arriver à la cheville de Douglas Sirk. J’ai vu six films de Douglas Sirk. Parmi eux, il y avait les beaux du monde » (R. W. Fassbinder, Les films libèrent la tête, L’Arche, 1984).

Je n’en ai vu que trois, mais mon constat est le même : les films de Douglas Sirk sont parmi les plus beaux jamais réalisés. « Chef-d’œuvre », « bouleversant » : bien que galvaudés par les critiques, ces deux mots sont bel et bien les seuls à même d’exprimer l’émotion ressentie à la vision de ces films, qu’il s’agisse de Ecrit sur le vent, Tout ce que le ciel permet ou de Le Temps d’aimer et le temps de mourir (un titre qui à lui seul résume le propos de Sirk dans nombre de ses films).

Entre 1953 et 1959, Sirk à tourné sept mélos capitaux. Le dernier d’entre, eux (et le dernier du réalistateur), Imitation of Life (Le Mirage de la Vie), est souvent considéré comme étant le plus beau. Si la réussite d’un film se mesurait aux nombre de larmes versées et du chamboulement émotionel qu’il provoque lors de sa projection, il faudrait alors remettre la palme au Mirage de la Vie.

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Du générique (des diamants qui tombent lentement jusqu’à remplir l’écran tandis que les noms des acteurs apparaissent en surimpression) au carton de fin, chaque image est un véritable enchantement. « J’ai l’impression que les images durent deux fois plus que celles des films habituels, un quarante-huitième de seconde au lieu d’un vint-quatrième de seconde » écrira Godard dans sa critique des Cahiers du Cinéma à la sortie du film. Imitation of Life met en scène des personnages qui butent perpétuellement sur la réalité de la vie et les mirages que celle-ci produit. Chacun essaie de prendre ses désirs et ses envies pour des bien propres. Mais la réalité sociale les rattrape à chaque fois.

Suronommé « le Prince du mélodrame », Douglas Sirk mériterait en fait le titre de Dieu du mélodramme. Un genre cinématographique qu’il su réinventer et dépasser pour le sublimer. Car derrière les films à l’eau de rose auquel on pourrait s’attendre à la lecture des résumés de scénarios, se cache une virulence et une émotion brute emprunt de ce que certains ont pu appeler un « réalisme fantastique ».

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On pourrait parler des couleurs, toujours magnifiques, du choix impécables des acteurs, des décors – dans lesquels les miroirs, les fenêtres et les escaliers tiennent une place prépondérante -, de la neige et des saisons qui passent, du rôle de premier rang que tiennent les femmes dans ses films… On aurait pas plus fait le tour d’une œuvre magistrale et unique.

Les films de Douglas Sirk sont parmis les plus beaux du monde.

Dix ans après la sortie de Imitation of Life, les Supremes enregistrèrent un hommage inattendu à ce film sous le titre I’m Leaving In Shame. Une belle chanson dans la plus pure tradition Mowton dont les paroles font directement référence à l’histoire des personnages de Annie et Sarah Jane.

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Hadopi, ou l’internet sous anesthésie

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Dans une interview à Playboy publiée dans le numéro de mars 1969, et que la revue Books cite dans sa dernière livraison, Marshall McLuhan expliquait que les médias, produits du cerveau humain, sont une « extension [du corps] de l’homme, qui induit chez lui des changements profonds et durables et transforme son environnement ». Après les inventions de l’écriture phonétique puis de l’imprimerie, celle des médias « électriques » introduisait à ses yeux une mutation beaucoup plus rapide et plus radicale encore que les précédentes : « Les médias électriques représentent une transformation totale et presque instantanée de la culture, des valeurs et des attitudes. »

Selon McLuhan, « le présent est invisible », c’est-à-dire que chaque fois que se produit une innovation importante, « le système nerveux central produit une anesthésie autoprotectrice » qui le prémunit contre la « pleine conscience » de ce qui lui arrive.

L’anesthésie, j’en connais un rayon et il semble bien que les promoteurs de la loi Hadopi soient sous l’effet d’un sédatif ultrapuissant, façon Tour de France, pour pondre une législation aussi inutile, totalement à contre courant de la révolution technologique en cours.

Le nouvel environnement créé par une innovation « ne devient pleinement visible qu’après son remplacement par un nouvel environnement : nous avons toujours un temps de retard dans notre vision du monde » poursuit l’américain. Du coup, on comprend qu’après coup.

L’editorialiste de Books note ainsi que, je cite, « la difficulté de comprendre la mutation présente et le mécanisme d’autoprotection décelé par McLuhan suscitent assez logiquement deux réactions contraires. La première consiste à se défendre contre le risque du nouveau en survalorisant les mérites de l’environnement précédent. La seconde consiste à se défendre contre la crainte de ne pas comprendre en survalorisant les mérites du nouvel environnement, tel du moins qu’on le perçoit ».

Hadopi est clairement dans le premier camp. Et vous ? Quant à moi…

Moonwalk

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Un quart de siècle avant Michael Jackson, deux astonautes inventaient le Moonwalk. Mais ont au final vendu moins de badges que l’ex-King of Pop.

Moon Time, bande son idéale pour une promenade en solitaire sur la Lune, composée par Dudley Moore pour le film Bedazzled (1967) de Stanley Donen et digne des meilleures ballades instrumentales de Brian Wilson ou Burt Bacharach.