Archives de Tag: gainsbourg

You only live once


John Barry, célèbre pour le thème de James Bond qu’il n’a pas composé puisqu’il est signé Monty Norman (qui l’a lui même emprunté au Poinçonneur des Lilas de Gainsbourg), est mort une première fois. Il est sans doute le premier compositeur de musiques de films à être devenu une véritable pop star dans les années 60. Il a été marié à Jane Birkin (et trouvera encore Gainsbourg en travers de sa route), avec qui il posait devant l’objectif du photographe attitré des swinging sixties, David Bailey, et s’est même payé le luxe de déloger de la première place des charts le Hard Day’s Night des Beatles avec sa BO de Goldfinger en 1964. Si ses partitions pour la série de l’agent 007 demeurent les plus connues, on leur préfèrera cependant leurs cousines plus subtiles et plus inspirées que sont The Knack, The Ipcress File (tous deux de 1965) ou Midnight Cowboy (1969).

> Thème de The Ipcress File.

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Profession de foi(e)

sergecitation

Anna, sauvage comme une image !


Un photographe de mode fait placarder dans tout Paris la photo d’une fille (cf. ci-dessus) qu’il a découvert par hasard au second plan de l’un de ses clichés. « Pas mal pas mal du tout / Etonnant, faudrait voir ça de plus près / Des yeux gris, des yeux verts, demain je saurai leur couleur exact ». Lui c’est Jean-Claude Brialy. Elle, c’est Anna Karina, tout juste échappée d’Alphaville, et qui se languit dans sa solitude : « Un jour comme un autre ou je restais seule avec moi / Pourquoi Anna, Anna, restes-tu seule avec toi ».

Cette histoire d’amour où les deux protagonistes ne se rencontrerons véritablement jamais, c’est la comédie musicale Anna, objet pop télé non identifié, réalisé en 1966 par Pierre Koralnik, mis en « lyrics » et en musique par Serge Gainsbourg sur des arrangements de Michel Colombier. C’était hier soir à la Cité de la Musique à Paris, unique initiative pertinente de la célébration des 80 ans de l’Homme à tête de chou impérial dans son rôle de conseiller-mentor cynique et polygame.

« Qu’est-ce autre chose que la vie des sens, qu’un mouvement alternatif qui va de l’appétit au dégoût et du dégoût à l’appétit, de l’appétit au dégoût et du dégoût à l’appétit…/ L’âme flottant toujours incertaine entre l’ardeur qui se renouvelle et l’ardeur qui se ralentit, l’ardeur qui se renouvelle et l’ardeur qui se ralentit… / Mais dans ce mouvement perpétuel, de l’appétit au dégoût, de l’appétit au dégoût et du dégoût à l’appétit, on ne laisse pas de se divertir par l’image d’une liberté errante. Tu sais de qui c’est ? non ? Bossuet. »

Alors que la télévision française s’enfonce à la fois dans la médiocrité et dans l’escarcelle du pouvoir élyséen, la projection de la comédie musicale Anna nous a propulsé à une autre époque, celle d’une télévision française audacieuse, capable de s’affranchir de la gangue (gang ?) de l’ORTF pour offrir un spectacle hors normes où un type ultra classe déclamait du Bossuet sur fond de guitares fuzz tandis que se profilait sur l’écran une apparition magique de Mme Mick Jagger, la diaphane Marianne Faithfull, qui chante « hier ou demain, mais pas aujourd’hui ». C’était hier. Sûrement pas aujourd’hui. Encore moins demain.

En bonus, la bande annonce japonaise du film indisponible en DVD…

Avec Serge, sifflons la Marseillaise !