Archives mensuelles : octobre 2008

Well Wells Welles !

Il y a 70 ans jour pour jour, le 30 octobre 1938, un jeune acteur de théâtre signe la mise en scène radiophonique de La Guerre des Mondes, un roman de science-fiction de son homonyme H. G. Wells qui raconte l’invasion de la Terre par les Martiens. La panique qui s’ensuivit est désormais aussi célèbre que celui qui en était à l’origine : Orson Welles.

Cet événement que l’on enseigne depuis dans les cours de communication pour démontrer « le pouvoir » de la radio ne serait en fait que… de la science-fiction ! Selon Pierre Lagrange, sociologue des sciences et auteur de La Guerre des mondes a-t-elle eu lieu ?, la véritable panique n’aurait pas débuté le soir de l’émission, mais le lendemain. En effet le programme avait été annoncé dans les journaux des semaines à l’avance. La véritable panique, c’est celle des médias et des intellectuels qui ont cru que tout à coup, les Américains avaient été submergés par une vague d’irrationalisme et qu’ils avaient pris au premier degré cette émission de radio, méprisant au passage les masses pour leur crédulité. C’est donc de la rumeur qu’il y aurait eu une panique ce soir là qu’il s’agit. Jour après jour, année après année, la rumeur va enfler jusqu’à atteindre des proportions grotesques.

Les médias, c’est connu, aiment bien parler d’eux-mêmes (voir le nombre d’émissions nombrilistes des médias sur les médias). Quelle meilleure opportunité alors pour démontrer leur immense pouvoir sur les masses que d’inventer un tel événement ? A l’heure ou les médias traditionnels ont perdu presque toute leur influence au profit du Web, un tel phénomène est intéressant à méditer.

Ce que révèle réellement cette histoire, c’est l’énomre talent d’un jeune homme de 23 ans qui se voit ouvrir les portes d’un Hollywood à ses pieds qui lui offre un pont d’or pour réaliser son premier film, Citizen Kane. Orson Welles terminera sa carrière comme il l’avait commencé : par un canular. S’il n’imaginait pas qu’il allait à ce point tromper le public en 1938, il le fera délibérément et génialement près de quarante ans plus tard dans son film-documentaire F For Fake (Vérités et Mensonges en VF) avec ce défi lancé aux spectateurs «Tout ce que vous verrez dans l’heure qui suit est absolument vrai »…

« L’art est un mensonge » disait Picasso, « … qui nous fait comprendre la vérité » avait ajouté Welles.

Donné, c’est donné.

Pour ceux des PDG-parachutéquipés qui lisent ces lignes (vous-savez-désormais-que-nous-savons),
une exquise nouvelle, ce matin, et un grand soulagement, collégial : ne tremblez plus, mes frères, qu’on découvre, débordant de la malle boursouflée sur laquelle vous vous tenez, tout gauches, dans vos costards mal-coupés d’indécrottables ploucs immoraux, trainant sur le marbre de vos intérieurs sans âme (comment en auraient-ils?), les sangles cotonneuses de vos cousus-d’or-champignons-de-tissu, témoins de votre outrageuse passion pour le vol libre…ne tremblez plus, continuez de planez au-dessus de ces lois-pour-enfants-naïfs, et exposez fièrement vos oripeaux célestes dans vos terre-à-terre pince-fesses pour robots-calculettes, faîtes comme ce nouveau modèle, ce héros de l’espace-aérien, ce frère-courage, ce saint : Tchuruk (5,6 millions-en-fouille-de-prime-à-l’échec) assumez votre fétichisme, ne rendez pas vos parachutes!
D’ailleurs, donné, c’est donné.
Par contre, planquez méchamment vos miches.

Monsieur Untel, PDG-parachtutiste de Polystyrène TV.

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Allo, président ? ORTF, j’écoute…

L’ORTF justement, on en parlait pas plus tard qu’hier

Source AFP : « Le patron de la communication gouvernementale, Thierry Saussez, a indiqué hier soir qu’il «réfléchissait à une émission gouvernementale à la télévision», qui pourrait être diffusée sur une chaîne de service public, pour expliquer les réformes. A côté de «la bouilloire médiatique» qui n’a «pas le temps d’ancrer un message (…) je suis là pour ancrer les messages, les réformes, les mesures dans la durée», a-t-il ajouté. »

Et nous, que pouvons-nous ajouter ? Que cela nous étonne qu’à moitié. Le premier président issu de la génération téloche avait certes annoncé en janvier qu’il avait l’intention de libérer la télé publique de la pub (pour, au passage, mieux refiler cette manne financière à ces copains de béton TV). Il avait ensuite justifié cette initiative le 19 février 2008 en déclarant que « la suppression de la publicité est (…) une question d’espérance démocratique, celle que doit constituer notre télévision publique, espérance d’une diversité, dans les programmes, dans les opinions, dans les talents, dans les modes d’expression ».

De la diversité il va y en avoir : bien calé dans le canaproute rouge de l’indécrottable Drucker, compagnon de vélo du président, un conseiller de Matignon fraichement débauché d’une grosse agence publicitaire nous livrera un explication de texte made in Elysée pour mieux nous faire avaler, entre la poire et le fromage, que notre pouvoir d’achat va encore baisser et que les pauvres n’ont qu’à se démerder.

« Tu es en train de te rapprocher du socialisme, bienvenue au club » a lancé Hugo Chavez à l’adresse de Sarkozy lorsque ce dernier a présenté son plan de lutte contre la crise financière. C’est un habitué de la télé qui le dit : comme son modèle Castro, Chavez tient l’antenne pendant plusieurs heures tous les dimanches (comme un Drucker en somme) dans son émission « Aló Presidente ». Je raccroche.

Des flics à la FIAC

De poulets, il en a été questions à plusieurs reprises dans ce blog. Les poulets qui interdisent la danse dans les clubs. Ou encore ceux qui font appel à leurs cons-patriotes pour devenir des « citoyens volontaires ». Les poulets ont encore frappé ce week-end pour cette fois décrocher des œuvres de l’artiste russe Oleg Kulik exposées à la Foire internationale d’art contemporain de Paris (FIAC). Les photos-performances de Kulik le mettent en scène, nu, avec des animaux (parfois en simulant des actes, certes douteux, de zoophilie), dont il entend partager l’exclusion du monde des humains. C’est sur ordre du Parquet de Paris, alerté par la douane, que les policiers sont intervenus en vertu (!) de l’article 227-4 du code pénal, relatif à la diffusion d’images à caractère violent ou pornographique, ou contraires à la dignité humaine et susceptibles d’être vues par des mineurs.
On peut légitimement s’étonner que la police intervienne pour interdire des œuvres d’art d’un artiste mondialement reconnu tandis que la pornographie la plus laide inonde les médias quand ceux-ci ne se contentent pas de la mode indigente du « porno chic ». Il n’est pas question pour nous ici d’être réac mais bien de s’insurger face une atteinte à la liberté créatrice d’un artiste.

Club, le directeur de la FIAC a accompagné les exposants durant leur garde à vue, et leur a fait livrer du champagne et un gros bouquet de lys. Un geste qu’aurait apprécié le PDG de Polystyrène TV, célèbre amateur de vin à bulles et défenseur de la cause animale et chanteur visionnaire, notamment à travers son tube canin, L’Homme moderne (avec son chien).

Cul-Cul Clan


« Guillaume Depardieu : la chagrin de son clan » titrait Paris Match cette semaine. J’ignorais que le regretté acteur fasse partie d’un clan… Lequel d’ailleurs ? Boyd ? Brodie ? MacGregor ? MacKenzie ? Stuart ? A moins que le journal ne fasse référence au clan Depardieu (on connaît l’amour paternel que Gérard avait pour Guillaume et inversement) comme on parle du clan Sarkozy (trois mariages et autant de divorces, coups et blessures sur celle qui n’a pas voté au second tour etc.) ou du clan Hallyday (no comment)… Ces familles déglingues façon puzzle seraient donc des clans (ou des tribus, c’est selon). A quand le clan Mimi Mathy (imaginez la photo) ? la tribu Doc Gyneco ? et le clan Bernard Laporte ? Quoique pour ce dernier, il semble qu’il fasse bien parti d’un clan, à la mode sicilienne celui-là.
Bref, cette habitude qu’a pris la presse de créer un univers (totalement fictif) autour d’une personnalité, de lui inventer une famille idéale (alors que ça flingue à tout va) est horripilante. Il suffit que la femme du président de la République ne ressemble pas à un cageot pour qu’elle se voit immédiatement comparée à Jackie Kennedy et donc sa famille au « clan Kennedy » qui pour le coup, en était bien un de clan. En France il n’y a pas de clan. Juste des coteries minables, ce qu’Oscar Wilde appelait « d’entreprenantes petites nullités ».

Anna, sauvage comme une image !


Un photographe de mode fait placarder dans tout Paris la photo d’une fille (cf. ci-dessus) qu’il a découvert par hasard au second plan de l’un de ses clichés. « Pas mal pas mal du tout / Etonnant, faudrait voir ça de plus près / Des yeux gris, des yeux verts, demain je saurai leur couleur exact ». Lui c’est Jean-Claude Brialy. Elle, c’est Anna Karina, tout juste échappée d’Alphaville, et qui se languit dans sa solitude : « Un jour comme un autre ou je restais seule avec moi / Pourquoi Anna, Anna, restes-tu seule avec toi ».

Cette histoire d’amour où les deux protagonistes ne se rencontrerons véritablement jamais, c’est la comédie musicale Anna, objet pop télé non identifié, réalisé en 1966 par Pierre Koralnik, mis en « lyrics » et en musique par Serge Gainsbourg sur des arrangements de Michel Colombier. C’était hier soir à la Cité de la Musique à Paris, unique initiative pertinente de la célébration des 80 ans de l’Homme à tête de chou impérial dans son rôle de conseiller-mentor cynique et polygame.

« Qu’est-ce autre chose que la vie des sens, qu’un mouvement alternatif qui va de l’appétit au dégoût et du dégoût à l’appétit, de l’appétit au dégoût et du dégoût à l’appétit…/ L’âme flottant toujours incertaine entre l’ardeur qui se renouvelle et l’ardeur qui se ralentit, l’ardeur qui se renouvelle et l’ardeur qui se ralentit… / Mais dans ce mouvement perpétuel, de l’appétit au dégoût, de l’appétit au dégoût et du dégoût à l’appétit, on ne laisse pas de se divertir par l’image d’une liberté errante. Tu sais de qui c’est ? non ? Bossuet. »

Alors que la télévision française s’enfonce à la fois dans la médiocrité et dans l’escarcelle du pouvoir élyséen, la projection de la comédie musicale Anna nous a propulsé à une autre époque, celle d’une télévision française audacieuse, capable de s’affranchir de la gangue (gang ?) de l’ORTF pour offrir un spectacle hors normes où un type ultra classe déclamait du Bossuet sur fond de guitares fuzz tandis que se profilait sur l’écran une apparition magique de Mme Mick Jagger, la diaphane Marianne Faithfull, qui chante « hier ou demain, mais pas aujourd’hui ». C’était hier. Sûrement pas aujourd’hui. Encore moins demain.

En bonus, la bande annonce japonaise du film indisponible en DVD…

L’édito-sans-parachute du PDG de Polystyrène TV

Paix sur le (toit du) monde et bienvenue dans celui de Polystyrène TV.

Vous l’ignorez sans doute puisqu’on s’évertue à vous le cacher, mais s’adonner de façon régulière à une activité physique s’apparente à s’y méprendre à la pratique d’un sport.
Qu’il s’agisse d’une pratique individuelle, en couple, collective, active ou télé-spectato-passive, secrète et honteusement cachée à l’abri des parois placoplâtrées des casiers-HLM et des pavillons-standards, ou surexposée façon jogging-élyséen-pour-frimeur-issu-des-urnes, désintéressée ou encore vomitivement cousue-d’or, le risque est le même, et il est grand, de tomber dans le piège-du-sport-spectacle.

Utilisé par les pouvoirs-en-place-gavés-d’orgie-en-tout-genre pour contenir les humeurs écoeurées frondeuses et vengeresses d’une population-en-mal-de-repères-et-d’idoles, le sport-spectacle, parent-tout-en-muscle-et-sous-stéroïde du showbizness-traditionnel-façon-Barclay, à défaut de donner l’exemple en matière d’élégance vestimentaire estivale, à l’instar de son blanc-cousin, lave-au-karcher, en pantacourt, en silence et en profondeur, les sillons-médiatico-stérilisés de nos disques-mous-en-jachère.

Et c’est alors que s’éloigne de nous maintenant le grand-sportif-show-chinois-que-nous-savons, paravent glacial à doublure-rouge-sang, spécialement ouvragé à usage d’une humanité-taurine daltonienne ou aveugle aux contours moraux mal-définis, et tandis que continuent de couler des pentes éternellement enneigées du toit du monde les larmes de moines pacifistes dans le murmure à peine répréhensible des représentants-bidons-mais-hélas-élus d’une communauté internationale bafouée et inerte en mode-pré-final, c’est alors qu’une palanquée d’amateurs de cash-cash-party, avides de stock-options, et ataviquement boursouflés d’autosatisfaction outrecuidante, ont subrepticement glissé vers une radicalisation sans-retour, transformant leur déjà-navrant hobby-familial-de-rupin-en-mal-de-rebellion, en s’essayant au vol libre: très-à-l’aise au décollage, bien équipés, soutenu par l’Etat, entourés-d’amis, blindés et rompus à ces techniques-de-vol-apprises-aux-écoles-que-l’on-sait, et parachute-massif en poche, ces cracks-de-l’imposture ont malgré tout fini par s’écraser et sèchent depuis, timides et faux-derches, sous les éclairs des flashes et les morsures émoussées des flèches journalistiques : le monde entier se fâche, déplore le fichu gâchis; eux s’en fichent, chopent le chèque et s’échappent en jet, préfèrent le golf à Marrakech aux speech-sur-les-marchés-qui-flanchent et autre pleurnicherie-sur-la-dèche : ça déclenche l’alarme dans les caboches; avachis comme devant un sous-chef-sous-scotch, les fauchés-en-short hochent leur tronche de chair molle et leurs miches gonflées de mauvaise bidoche, puis shootés au steak haché, s’arrachent de leur couche, s’acheminent à grande échelle au supermarché-le-plus-proche, et s’achètent des masses de choses-à-mâcher, sait-on-jamais, rapport au crash.
Oui, ici, dans la ville aux millions de visages pâlots, que n’égaye même plus une eau-de-feu-de-grande-surface, c’est l’abandon généralisé, de la plaine, aux vautours…

Pendant ce temps, lasses d’elles-mêmes, engluées d’impuissance, de sudation surpondérale et de débauches-répétées-et-contre-nature, quelques éminences grisâtres somnolent, des rêves avariés aux allures-de-dégueulis collés aux glandes… Que de leurs yeux asséchés et bouffis-d’enflures, percent des pleurs au Co2, au soleil brûlant de l’arctique, là où fondent les derniers ours couleur-banquise.

Monsieur Untel, PDG de Polystyrène TV, télévision moderne en matériaux synthétiques.

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