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Tristes tropiques

Claude Levi Strauss

On vient d’apprendre la mort de Claude Lévi-Strauss survenue le week-end dernier. A l’occasion de ses 100 ans, nous avions parlé ici de cet immense penseur et de sa contribution à la compréhension et à l’acceptation de l’Autre dans son altérité et sa diversité. En plein débat sur l’identité nationale, cette disparition doit être l’occasion de puiser dans la pensée de cet homme illustre pour lutter fermement contre la dérive populiste et nationaliste du gouvernement français actuel.

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Wilde Woody

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« La vie n’imite pas l’art, elle imite la mauvaise télévision » (Woody Allen). Cette variation sur la célèbre citation d’Oscar Wilde selon qui « La vie imite l’art bien plus que l’art n’imite la vie » est un point de vue qui se défend tout autant.

« L’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime » avait déclaré le centenaire et plus que jamais lucide Claude Lévi-Strauss. Déclaration que l’on pourrait résumer par l’aphorisme cinématographique suivant : « Confier la Terre aux humains c’est comme confier un Western à Woody Allen ».

Lévi-Strauss 101

claude_levi_strauss1 Plutôt que d’imposer aux écoliers la récitation de la lettre de Guy « ma petite maman chérie » Moquet, Sarkozy ferait bien mieux de rendre obligatoire la lecture de Race et histoire de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, qui entre aujourd’hui 28 novembre dans sa 101e année. Celui qui a prononcé en juillet 2007 le fameux discours de Dakar au ton colonialiste et paternaliste, et pour qui « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », serait en effet bien inspiré de se plonger dans la lecture de cet essai incontournable. Ce qu’il n’a à l’évidence jamais fait. Ou il serait tombé sur ce passage, page 22 : « En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie ».

Commandé en 1952 au célèbre anthropologue par l’Unesco qui publiait à l’époque une série de brochures consacrées au problème du racisme dans le monde, ce livre est ni plus ni moins un précis de notre manière contemporaine de penser l’humanité. La diversité des cultures, le rôle de la civilisation occidentale dans le processus historique, la place du hasard, la relativité du progrès, tels sont les thèmes majeurs de Race et histoire où l’ethnologue fait une distinction pertinente entre « histoire cumulative » et « histoire stationnaire ». A l’inégalité des races, Claude Lévi-Srauss oppose l’inégalité des cultures.

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Avec les années, Claude Lévi-Strauss porte un regard de plus en plus pessimiste sur notre monde. En témoigne cette récente déclaration : « ce que je constate, ce sont les ravages actuels ; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime. » Nous non plus. Mais en attendant mieux, replongeons-nous dans Race et histoire, dont voici le dernier paragraphe :

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Dernière minute : Sarko vient de gagner en appel dans l’affaire de la poupée vaudou à son effigie au même moment où l’on célèbre les 100 ans de Lévi-Strauss. Drôle de coïncidence, non ?