Archives mensuelles : avril 2009

Tatillon

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La Fnac a décidé de ne pas attendre les directives de la ministre de la santé et a pris l’initiative de coller un bandeau "www.Manger-Bouger.fr" sur les livre de Rabelais présents dans ses rayons. Le musée d’Orsay a quant à lui ajouté la mention "Manger 5 fruits et légumes par jour" sous chaque tableau de Botero exposé dans ses murs. Enfin, les studio Gaumont ont entrepris un vaste chantier consistant à effacer de ses archives toute image de cigarette. C’est donc une sucette que Delon aura à la bouche dans ses films. Quant à Belmondo, il mordillera désormais un bâton de réglisse. Bref, la loi, toujours la loi, rien que la loi. Et tant qu’on y est, encore plus loin que la loi.

Si ce qui précède n’est pas (encore) à l’ordre du jour, un débat fumeux autour de la fameuse pipe de Jacques Tati enfume les formus. On retrouve en effet sur les affiches annonçant l’expo consacrée au réalisateur de Playtime un Monsieur Hulot affublé d’un moulin à vent jaune dans la bouche, en lieu et place se son éternelle pipe (qui était toujours éteinte !). Ce n’est pourtant pas la loi qui a contraint à cette censure, mais la RATP qui a décidé de prendre elle-même les devants, trop inquiète à l’idée de contrevenir à la loi Evin. Le même Evin qui trouve cette opération Photoshopo-stalinienne totalement ridicule !

Enfin, le fait que cette trahison vise Monsieur Hulot est quelque peu cocasse. Que ce type décalé, léger, insouciant, fondamentalement bon, soit victime de la censure par anticipation renforce aujourd’hui son personnage et nous incite à fuir la crispation ambiante pour nous réfugier dans les salles obscures pour voir et revoir ses aventures.

PS : le Musée d’art du comté de Los Angeles m’informe à l’instant que l’inscription "Fumer Tue" qui avait été rajoutée dans un premier temps sous le tableau "Ceci n’est pas une pipe" de Magritte a été retirée au motif à la fois évident et imparable que ce tableau n’incite pas à fumer puisque, manifestement, il ne s’agit pas d’une pipe.
Précsion : le tableau "Ceci n’est pas une pipe" s’appelle en réalité "La Trahison des images". Tout juste. Michel Foucault en parle ici. Pour les résistants, une galerie d’images ici.

The End

Week-End, Jean-Luc Godard, 1967

Week-End, Jean-Luc Godard, 1967

Deux mots, The End. Deux mots qui, il y a encore quelques années, clôturaient la plupart des films au cinéma. Deux mots qui symbolisent à eux seuls la magie du cinéma. Si je fréquente l’un des rares cinémas parisiens (le seul à ma connaissance) encore équipé d’un lourd rideau rouge dont l’ouverture et la fermeture annonce le début et la fin de la séance, il faut reconnaitre que ce rituel désuet ne remplace pas le fameux carton de fin.

Man With The Golden Arm, Otto Preminge, 1955

The Man With The Golden Arm, Otto Preminger, 1955

Les films d’aujourd’hui n’auraient-ils plus de fin ? A la place du carton, un générique interminable dressant la liste exhaustive des électriciens et maîtres chiens en passant par les maquilleuses et la société de location de caravanes. Bref, anti-cinéma au possible. A l’inverse, l’apparition des mots The End à l’écran suspendait le film quelques secondes supplémentaires et marquait la fin de la fiction et le retour au réel. Avec la vague des séries TV et des films "à suites", façon Harry Potter ou Rambo, il semble que le mot "Fin" ne soit plus d’actualité, du moins pas tant que le filon n’ait été totalement épuisé.

La Dolce Vita, Frederico Fellini, 1960

La Dolce Vita, Frederico Fellini, 1960

Cette disparition est d’autant plus regrettable que, dans certains cas, cette ultime image résume à elle seule le film tout entier. C’est particulièrement vrai pour la Dolce Vita avec cet homme hagard au petit matin sur la plage. Mais c’est sans aucun doute la dernière image des 400 coups qui demeure la plus marquante. Après avoir longtemps couru, Antoine Doinel se retrouve sur la plage (encore une), se dirige vers la mer, fait quelques pas dans l’eau et brusquement se retourne pour fixer le spectacteur du reagard. L’image se fige en même temps que la caméra zoome sur le visage de Jean-Pierre Léaud sur lequel s’inscrit le mot FIN. Une des plus belles fins de l’histoire du cinéma, si ce n’est la plus belle, bien qu’à aucun moment on ne croit que c’en est fini des aventures d’Antoine Doinel. A raison.

Les 400 coups, François Truffaut, 1959

Les 400 coups, François Truffaut, 1959

Pour les nostalgiques et les fétichistes, quelques galeries de carton de fin :
> Galerie 1
>Galerie 2
>Galerie 3

Tout va bien, Jean-Luc Godard, 1973

Tout va bien, Jean-Luc Godard, 1973

FIN



Interrogation

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Ballade de Polly Maggoo