Archives mensuelles : mars 2009

Le soleil s’ennuie

bill_fay
Réchauffement climatique, mon œil. L’hiver n’en finit pas. Le seul point positif, c’est que je bénéficie d’un répit pour terminer le Journal écrit en hiver d’Emmanuel Bove (auteur dont nous reparlerons plus en détail une prochaine fois).

On peut toujours essayer de feindre en écoutant de la Sunshine Pop les yeux fermés, des Harpers Bizarre aux Free Design en passant par Sagittarius. Mais très vite on est bien obligé de se rendre à l’évidence : le soleil fait la gueule.

L’hiver 1970 avait sans doute aussi joué les prolongations s’il on en juge la mélancolie qui se dégage du premier album de Bill Fay sorti la même année. Si l’ensemble est assez sombre, les chansons sont pour la plupart très belles malgré la lourdeur de certaines orchestrations qui n’ont pas la finesse de celles de son contemporain Scott Walker. L’album est un échec tout comme le suivant au titre engageant : Time of the last persecution. Bill Fay sombre alors dans l’anonymat total jusqu’à la réédition de ses disques en 2005.

En écoute : Sun is bored, chanson crépusculaire où il est question de toréador, de ministre et du Soleil qui, à force de s’ennuyer, disparaît. Chanson géniale ou boursouflure indigeste ? A vous de juger.

« The sun goes down, never to rise again ».
Sun is bored (orchestral version)
Sun is bored (acoustic version)

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Sous la toile, les perles

pearltrees1
Passer directement du web 2.0 au web 10.0, sans passer par la case 3.0, 4.0, 5.0 etc. ? Bref, passer du Minitel amélioré, stade auquel semble stagner l’Internet aujourd’hui, à une vraie exploration de la toile, c’est ce que propose Pearltrees, véritable outil révolutionnaire.

Pour les sceptiques, quelques explications :

1. Finis les historiques, favoris, bookmarks et autres listes de sites aussi absconses que peu pratiques. Pearltrees, outil de classement extrêmement puissant, permet de dresser des cartes arborescentes qui offrent une décomposition logique à la fois précise, subjective et exhaustive de ses navigations sur Internet. La réduction des contenus à une simple « perle » permet de gérer une quantité d’information sur un écran (environ 50 sites) sans équivalent.

2. Chacune des cartes que l’on crée est le résultat d’une connaissance, d’une logique de navigation qui peut être ensuite partagée. L’idée est de proposer une navigation à ses amis ou plus largement à sa communauté. Les cartes sont exportables, on peut diffuser un lien qui renvoie à une carte ou mettre la perle racine d’une carte directement sur un blog, site, myspace, etc. (à partir du 23 mars).

3. Se laisser guider par d’autres sur le web : Pearltrees, c’est aussi une communauté. On peut visualiser ses points de contacts avec les autres cartes réalisées par les autres éditeurs de la communauté . Ainsi, on peut enrichir ses propres cartes avec les perles « créées » par les autres.

Ce ne sont que quelques aspects de ce nouvel outil qui peut paraître déstabilisant à première vue car inédit et surtout très en avance sur ce que propose aujourd’hui l’Internet. Ce qui ne fait aucun doute, c’est qu’avec sa façon de penser la navigation sur le web, Pearltrees est en train de dessiner l’Internet de demain.

Découvrir Pearltrees

Quelques exemples de cartes :
Top 10 du web 2008 par Libé
Hitchcock
Truman Capote
Israël/Palestine

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bourbon_publicite

Le Palais Bourbon a autorisé la publicité pour l’alcool sur Internet.

Johnny Lee Hooker : One Bourbon, One Scotch, One Beer

Coney Island, Joey

le_petit_fugitif
cahiers_cinema_fugitif_numero_31En janvier 1954, François Truffaut signe dans le numéro 31 des Cahiers du Cinéma son article le plus célèbre, « Une certaine tendance du cinéma français » dans lequel il tire à boulets rouges sur la « Tradition de la Qualité » du cinéma français. En Une du magazine, la photo d’un petit garçon tiré du film Le Petit Fugitif sur lequel André Bazin, père spirituel de Truffaut, signe un article de 4 pages…

Si on sait l’admiration que les jeunes turc des Cahiers vouaient au cinéma américain, Hitchcock et Welles en tête, on ignorait en revanche qu’un film que personne n’avait revu depuis plus de cinquante ans ait eu une influence déterminante sur leur vocation de cinéaste : « notre Nouvelle Vague n’aurait jamais eu lieu si le jeune Américain Morris Engel ne nous avait pas montré la voie de la production indépendante avec son beau film, Le Petit Fugitif » déclara un jour Truffaut.

Ce film primé en 1953 à Venise est ressorti en salle le mois dernier. Tourné avec une petite caméra fabriquée pour l’occasion et permettant de filmer sans être vu, en décor naturel (Brooklyn et la plage de Coney Island), avec des acteurs amateurs, Le Petit Fugitif est un véritable petit chef-d’œuvre. Persuadé d’avoir causé la mort de son frère au cours d’un jeu, Joey, 7 ans, s’enfuit à Coney Island, immense plage new-yorkaise dédiée aux manèges et à l’amusement. Il va passer une journée et une nuit d’errance au milieu de la foule et des attractions foraines…

Claquant les quelques dollars subtilisés à sa mère avant de prendre la fuite, Joey découvre le monde enchanté de l’immense fête foraine de Coney Island, entre barbe à papa, tour en poney et saut en parachute. En 24 heures, le petit héros fait l’expérience de la vie et de la débrouille dans un monde qui s’apparente à un spectacle. Les plans de ce film, tous plus beaux les uns que les autres, nous rappellent que le réalisateur et sa femme étaient des photographes de talent. On pense à Weegee ou Robert Franck et à leurs clichés réalistes de l’Amérique des années 50. Ce récit d’apprentissage, bricolé à rebours de la machine hollywoodienne, est un pur enchantement visuel que l’on regarde avec les mêmes yeux éblouis et naïfs que Joey.

Preuve que Truffaut n’avait pas oublié ce film en se lançant dans la réalisation : son premier film, Les 400 coups, s’appelait au départ La Fugue d’Antoine.

Visite guidée dans le Coney Island des années 50 au son du Coney Island Baby de Lou Reed.