Archives mensuelles : mai 2009

La crise du XXIe siècle selon Truffaut

mai68_truffaut

Invité pour le numéro d’août 1983 de La Quinzaine Littéraire à s’exprimer sur le thème « A partir de votre expérience, mais sans vous y cantonner, pourriez-vous nous exposer ce que représente pour vous l’idée que le monde actuel est en crise ?“ (déjà !), François Truffaut, rédigea un article extrêmement lucide et qui, 25 ans après, demeure d’une parfaite actualité. Le metteur en scène y dénonce la corruption du vocabulaire quotidien par les politiques et les pubards, déplorant qu’un mot essentiel tel que « sensibilité » soit totalement dévoyé. En voici les deux derniers paragraphes :

La crise, ce n’est pas seulement l’abondance des biens inutiles et la pénurie de la nourriture, c’est aussi la dégradation des sentiments et, de ce point de vue, même s’ils n’en sont pas uniques responsables, les politiques et les publicitaires contribuent à la crise par leur acharnement à corrompre le vocabulaire quotidien.

Le mot tendresse utilisé dans les slogans publicitaires est devenu odieux, donc inutilisable dans une conversation sincère. C’est la même chose pour le mot sensibilité, utilisé par les politiciens pour justifier leurs coups de Jarnac : « A l’intérieur de notre formation peuvent coexister des sensibilités différentes ». Pouah !
A cause de ces gens malfaisants et nuisibles, préparons-nous à vivre sans « tendresse » ni « sensibilité », endurcissons-nous et repoussons d’un geste ferme leur main tendue.

Pouah Séguéla !

Publicités

Sympathy for Brian Jones

godard_brian_jones

« JLG : Please allow me to introduce myself, my name is Jean-Luc Godard.
BJ : Pleased to meet you, hope you guess my name…
JLG : Le rock, comme le travelling, est une affaire de morale, n’est-ce pas ?
BJ : …
JLG : Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ?
BJ : Devenir immortel et puis… mourir.
JLG : Dégueulasse ».

Au lit et au travail

bed_in-john_yoko_1969_montreal

Il y a 40 ans jour pour jour, le 26 mai 1969, John Lennon et Yoko Ono entamaient une campagne pour la paix intitulée « Bed-In for Peace » consistant à rester au lit sous l’œil des caméras et des journalistes du monde entier en signe de protestation contre la guerre. « Nous sommes une campagne de pub pour la paix » avaient alors déclaré les deux jeunes mariés qui avaient choisi de passer leur honey moon en public et en pyjamas.

Cet événement eu lieu dans les chambres 1738 et 1742 du Queen Elizabeth Hotel de Montréal (on est très précis à Il Est Cinq Heures) où John & Yoko, au lit, répondaient aux questions des journalistes entre deux refrains de Give Peace A Chance, hymne pacifiste composée pour l’occasion et enregistrée en direct dans la chambre d’hôtel.

Jerry Levitan, 14 ans à l’époque, avait réussi à se faufiler dans la chambre d’hôtel muni d’un magnéto. Il a réalisé l’an passé un très beau court métrage d’animation (nominé aux Oscars) racontant cette rencontre surréaliste et intitulé I Met The Warlus (un site lui est consacré).

Quarante ans après cet acte artistico-militant en forme de happening baba mais pas con, l’inénarrable Frédéric Lefebvre, porte-flingue officiel de Sarko, est sorti de son lit hier matin avec une idée brillante : en cas d’arrêt maladie, le salarié pourra travailler depuis son lit, comme John & Yoko. Fallait juste y penser. Comme John & Yoko.

Ecouter et télécharger illégalement (rien que pour emmerder Frédéric L.) le premier rap acoustique hippie : Give Peace a Chance.

Enjoy Luc Moullet !

Luc_Moullet_essai-d_ouverture

Luc Moullet, le plus imprévisible des cinéastes de la Nouvelle Vague, est à l’honneur à Beaubourg jusqu’à la fin du mois. L’occasion de (re)découvrir son œuvre et en particulier l’un de ses films les plus drôles mais aussi les plus proche de l’art contemporain (comme l’explique Serge Bozon dans cette Vidéo ), Essai d’ouverture, dans lequel le réalisateur explore systématiquement, et sans succès, les multiples façons d’ouvrir une bouteille de Coca Cola (le film date de 1988 et il s’agit donc d’une bouteille en verre fermée par un redoutable bouchon en aluminium).

Méthodique, quasi scientifique, Luc Moullet passe en revue les mille et une façons de se verser un verre de Coca sans être obligé de se brûler, sans risque d’avaler des bris de verre, sans s’entailler la main etc. Une entreprise bien plus périlleuse qu’il n’y paraît.
Alors comme le dit la publicité, Enjoy !

Debordement

Guy_Debord_réalité

« Dans un monde réellement renversé,

le vrai est un moment du faux. »

Guy Debord, La société du spectacle (1967)

Cannes, l’avventura continue

Avventura_Antonioni_Vitti_Cannes

L’affiche du 62e Festival de Cannes est un montage réalisé à partir d’une image tirée de L’Avventura de Michelangelo Antonioni, prix spécial du Jury en 1960 (la palme d’or avait été attribuée à la Dolce Vita). A l’époque, le film fut sifflé par le public qui ne compris pas pourquoi, après la disparition de l’une des protagonistes, Anna, les recherches étaient si vite abandonnées. Si les spectateurs s’attendaient à voir un film policier, c’était raté. Georges Simenon, président du jury cette année-là, avait quant à lui eu la bonne idée de laisser Maigret au commissariat.

Cette mystérieuse femme sur l’affiche donc, c’est Monica Vitti, actrice-égérie d’Antonioni dont ont aurait tort de se contenter d’admirer le dos. La voici de face, superbe, dans le désert affectif de l’Avventura, « condamnée à vivre ».

Monica_Vitti

« Voilà un autre mythe qui tombe, cette illusion qu’il suffit de se connaître, de s’analyser minutieusement dans les plis les plus cachés de l’âme. Non, cela ne suffit pas. Chaque jour on vit l’avventura, que ce soit une aventure sentimentale, morale, idéologique. » (Michelangelo Antonioni)

Antonioni_Vitti_prix_Cannes

Enfin, dans la rubrique « les copains d’abord », voici nos souhaits pour cette 62e édition:
– un prix pour le réalisateur palestinien Elia Suleiman qui présente en compétition The Time That Remains, dans lequel il revient sur l’histoire de sa famille à Nazareth de 1948 à nos jours ;
– une récompense pour Axelle Ropert, sélectionnée dans la Quinzaine des réalisateur avec The Wolberg Family ;
– un triomphe pour Montparnasse de Mikhaël Hers qui devrait mettre tout le monde d’accord grâce à la contribution de la fratrie Regnier avec dans l’ordre Jérémie Regnier (tête pensante de Haussmann Tree et du New Government – liens dans la colonne de droite) qui en a signé la musique et Timothée Regnier (alias Rover, en lien également) qui crève l’écran, fusse-t-il en béton armé.

Une avventura en famille en somme.

Errol Flynn, 1909-1959

Errol-Flynn

Errol Flynn (1909-1959) aurait eu 100 ans aujourd’hui s’il n’était pas mort il y a 50 ans. Le compte est bon. Un demi-siècle au cours duquel l’acteur n’aura pas chômé. Voyez plutôt… (dans un souci d’efficacité, Il est cinq heures vous mache le travail et vous propose un résumé façon lecteure en diagonale de la notice Wikipedia du seul et unique Robin des Bois).

Errol Flynn né le 20 juin 1909 en Australie. (…) Marié à trois reprises, (…) célèbre pour son tempérament d’« homme à femmes », entretenant une image de séducteur prodigue tout au long de sa vie. (…) « l’amour à la Flynn » était synonyme de succès amoureux. (…) sa mère qui le considérait comme « un diable en culotte courte » (…) il s’enfuit à l’âge de 7 ans (…). « seul souvenir (…) de mon enfance (…) mes fesses meurtries »(…)

Il s’embarque clandestinement dans le bateau (…) piètre élève, (…) exclure du collège (…) vente d’une bague de fiançailles (…) « les années du crocodile et du sabre », divers métiers : inspecteur sanitaire du gouvernement, aide de camp, pêcheur à la dynamite, directeur d’une plantation de coprah et capitaine d’un bateau de transport.(…) espionner une région sujette à des troubles. (…) L’expédition est un fiasco. (…) Flynn se fait trafiquant de plumes d’oiseaux, négrier, guide d’expédition… Arrêté pour le meurtre d’un indigène (…) la variole noire. Son unique travail consiste à « castrer les moutons avec les dents ».

(…)« Un des plus beaux morceaux de bravoure du cinéma hollywoodien d’avant-guerre », (…) son surnom de « Prince » (…) son calme, sa noblesse et son charme. (…) 1937, en Espagne, une annonce de sa mort paraît. (…) « incontestablement un pur chef-d’œuvre et l’un des meilleurs films jamais réalisés à Hollywood »(…) l’un des meilleurs westerns de l’époque, avec Flynn « au sommet de sa forme »(…).

« Qu’ils aillent se faire voir. Je vais aller en Italie tourner mes propres films. Je gagnerai une fortune »(…) Ruiné(…). L’abus d’alcool et de drogues le vieillissent prématurément (…) se saoule tous les soirs (…) Errol Flynn meurt d’une attaque cardiaque à l’âge de cinquante ans le 14 octobre 1959.

Pas mal, non ?