Archives de Tag: Truffaut

Saint Jean-Luc Godard

« Jean-Luc Godard deviendra-t-il plus populaire que le pape, donc juste un peu moins que les Beatles ? » (François Truffaut en 1967)

Mais c’est avec les Rolling Stones qu’il choisira de tourner un film, One+One, construit autour de la chanson… Sympathy For The Devil.

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La solitude du coureur en colère

Alan Silittoe (1928-2010) l’un des « angry youn men » de la littérature anglaise est décédé il y a quelques jours. Il est, entre autres, l’auteur de The Lonliness Of The Long Distance Runner (La solitude du coureur de fond) paru en 1959 et qui raconte l’histoire de Colin Smith, un adolescent un peu délinquant, qui commet de temps en temps de petits délits, jusqu’à en faire un plus grand et être envoyé dans une maison de correction. Toute ressemblance avec un certain Antoine Doinel, dont les aventures débutent la même année, est purement fortuite. Quoique. Colin, comme Antoine dans la magnifique séquence finale des 400 Coups, court sans relâche pour échapper à une société qui le rejette. La course à pied comme métaphore de la survie.

En 1973, les Kinks, le plus anglais des groupes britannique, a enregistré une chanson intitulée Where Are They Now ? dans laquelle Ray Davies se souvient avec sa nostalgie chronique du temps des « angry young men ».

Where are all the angry young men now?
Where are all the angry young men now?
Barstow and Osborne, Waterhouse and Sillitoe,
Where on earth did they all go?
And where are all the protest songs?
Yes, where have all the angry young men gone.

« Le cinéma anglais n’exite pas » disait François Truffaut. Cela n’a cependant pas empêché Tony Richardson d’adapter The Lonliness Of The Long Distance Runner au cinéma en 1962.

> Belle and Sebastian : The Lonliness Of The Middle Distance Runner

A bout de souffle au cœur

« Tout dans le comportement de ce jeune garçon, son influence croissante sur la jeune fille, la nature du dialogue, contre-indique la projection de ce film devant des mineurs « .

Il y a 50 ans, le 16 mars 1960, sortait sur quatre écrans parisiens A Bout de Souffle, premier long métrage de Jean-Luc Godard et chef-d’œuvre cinématographique de la modernité que la commission de censure de l’époque avait interdit au moins de 18 ans (interdiction levée en… 1975).

JLG : « J’aime énormément A bout de souffle, qui m’a fait honte pendant un certain temps, mais je le situe du côté où on doit le situer : celui d’Alice au pays des merveilles. Moi je croyais que c’était Scarface. »

> Le scénario original écrit par François Truffaut.

> New York Herlad Tribune, par Jean (Seberg, -Paul Belmondo, -Luc Godard)

Guitare, Johnny !


« Ils passent Johnny Guitar en bas, il faut bien qu’ils s’instruisent ! » C’est, dans Pierrot Le Fou, ce que Belmondo répond sur le ton de l’évidence à sa femme qui se plaint que leurs enfants soient allés pour la troisième fois de la semaine au cinéma .

Le même Belmondo emmènera quelques années plus tard Catherine Deneuve voir ce film dans La Sirène du Mississippi de Truffaut. Celui-ci avait encensé le film de Nicholas Ray lors de sa sortie en 1954, parlant d’un « western rêvé, féerique, irréel au possible, délirant ».

Alors que notre affreux Jojo national est au plus mal, écoutons Peggy Lee chanter ses Johnny, en commençant par le sublime Johnny Guitar :

> Johnny Guitar
> Oh Johnny Oh Johnny Oh !
> Johnny

C’est le bouquet !

mariee_etait_en_noir_truufaut

Mercredi 29 Avril 2009 19h15mn 15s, Facebook m’envoie le mail suivant :

Subject : C. C. said that you two are married…
C. said on Facebook that you two are married. We need you to confirm that you are, in fact, married to C.
To confirm this relationship request, follow the link below.

Que ma femme me considère comme LE un mari idéal et qu’elle souhaite l’annoncer sur Internet est légitime. En revanche que Facebook mette en doute sa parole en me demandant de confirmer que « je suis bien, en fait, marié » avec elle, est quelque peu déplacé, non ?

Cette immixion dans ma vie privée sera au moins l’occasion de vous faire partager la musique originale composée par Bernard Herrmann pour le film La Mariée était en noir de François Truffaut (1968).

Interview de Herrmann au sujet de la musique de ce film.

The End

Week-End, Jean-Luc Godard, 1967

Week-End, Jean-Luc Godard, 1967

Deux mots, The End. Deux mots qui, il y a encore quelques années, clôturaient la plupart des films au cinéma. Deux mots qui symbolisent à eux seuls la magie du cinéma. Si je fréquente l’un des rares cinémas parisiens (le seul à ma connaissance) encore équipé d’un lourd rideau rouge dont l’ouverture et la fermeture annonce le début et la fin de la séance, il faut reconnaitre que ce rituel désuet ne remplace pas le fameux carton de fin.

Man With The Golden Arm, Otto Preminge, 1955

The Man With The Golden Arm, Otto Preminger, 1955

Les films d’aujourd’hui n’auraient-ils plus de fin ? A la place du carton, un générique interminable dressant la liste exhaustive des électriciens et maîtres chiens en passant par les maquilleuses et la société de location de caravanes. Bref, anti-cinéma au possible. A l’inverse, l’apparition des mots The End à l’écran suspendait le film quelques secondes supplémentaires et marquait la fin de la fiction et le retour au réel. Avec la vague des séries TV et des films « à suites », façon Harry Potter ou Rambo, il semble que le mot « Fin » ne soit plus d’actualité, du moins pas tant que le filon n’ait été totalement épuisé.

La Dolce Vita, Frederico Fellini, 1960

La Dolce Vita, Frederico Fellini, 1960

Cette disparition est d’autant plus regrettable que, dans certains cas, cette ultime image résume à elle seule le film tout entier. C’est particulièrement vrai pour la Dolce Vita avec cet homme hagard au petit matin sur la plage. Mais c’est sans aucun doute la dernière image des 400 coups qui demeure la plus marquante. Après avoir longtemps couru, Antoine Doinel se retrouve sur la plage (encore une), se dirige vers la mer, fait quelques pas dans l’eau et brusquement se retourne pour fixer le spectacteur du reagard. L’image se fige en même temps que la caméra zoome sur le visage de Jean-Pierre Léaud sur lequel s’inscrit le mot FIN. Une des plus belles fins de l’histoire du cinéma, si ce n’est la plus belle, bien qu’à aucun moment on ne croit que c’en est fini des aventures d’Antoine Doinel. A raison.

Les 400 coups, François Truffaut, 1959

Les 400 coups, François Truffaut, 1959

Pour les nostalgiques et les fétichistes, quelques galeries de carton de fin :
> Galerie 1
>Galerie 2
>Galerie 3

Tout va bien, Jean-Luc Godard, 1973

Tout va bien, Jean-Luc Godard, 1973

FIN



Coney Island, Joey

le_petit_fugitif
cahiers_cinema_fugitif_numero_31En janvier 1954, François Truffaut signe dans le numéro 31 des Cahiers du Cinéma son article le plus célèbre, « Une certaine tendance du cinéma français » dans lequel il tire à boulets rouges sur la « Tradition de la Qualité » du cinéma français. En Une du magazine, la photo d’un petit garçon tiré du film Le Petit Fugitif sur lequel André Bazin, père spirituel de Truffaut, signe un article de 4 pages…

Si on sait l’admiration que les jeunes turc des Cahiers vouaient au cinéma américain, Hitchcock et Welles en tête, on ignorait en revanche qu’un film que personne n’avait revu depuis plus de cinquante ans ait eu une influence déterminante sur leur vocation de cinéaste : « notre Nouvelle Vague n’aurait jamais eu lieu si le jeune Américain Morris Engel ne nous avait pas montré la voie de la production indépendante avec son beau film, Le Petit Fugitif » déclara un jour Truffaut.

Ce film primé en 1953 à Venise est ressorti en salle le mois dernier. Tourné avec une petite caméra fabriquée pour l’occasion et permettant de filmer sans être vu, en décor naturel (Brooklyn et la plage de Coney Island), avec des acteurs amateurs, Le Petit Fugitif est un véritable petit chef-d’œuvre. Persuadé d’avoir causé la mort de son frère au cours d’un jeu, Joey, 7 ans, s’enfuit à Coney Island, immense plage new-yorkaise dédiée aux manèges et à l’amusement. Il va passer une journée et une nuit d’errance au milieu de la foule et des attractions foraines…

Claquant les quelques dollars subtilisés à sa mère avant de prendre la fuite, Joey découvre le monde enchanté de l’immense fête foraine de Coney Island, entre barbe à papa, tour en poney et saut en parachute. En 24 heures, le petit héros fait l’expérience de la vie et de la débrouille dans un monde qui s’apparente à un spectacle. Les plans de ce film, tous plus beaux les uns que les autres, nous rappellent que le réalisateur et sa femme étaient des photographes de talent. On pense à Weegee ou Robert Franck et à leurs clichés réalistes de l’Amérique des années 50. Ce récit d’apprentissage, bricolé à rebours de la machine hollywoodienne, est un pur enchantement visuel que l’on regarde avec les mêmes yeux éblouis et naïfs que Joey.

Preuve que Truffaut n’avait pas oublié ce film en se lançant dans la réalisation : son premier film, Les 400 coups, s’appelait au départ La Fugue d’Antoine.

Visite guidée dans le Coney Island des années 50 au son du Coney Island Baby de Lou Reed.