Pourvu qu’on ait l’ivresse…

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Un an avant que Truffaut ne découvre celui qui deviendra son alter-ego, Léaud / Doinel, un jeune cinéaste de 22 ans, Jean-Daniel Pollet (1936-2004), tourne son premier court métrage avec pour acteur principal un adolescent au physique improbable qui deviendra son acteur fétiche. Ce pierrot la Lune, c’est Claude Melki (1939-1994) ; le film : Pourvu qu’on ait l’ivresse…, premier prix du court métrage à scénario (sic !) au Festival de Venise 1958 et véritable enchantement visuel.

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Dans un dancing de banlieue, un jeune homme ajuste sa cravate devant un miroir avant de pénétrer dans la salle ou des couples dansent sur des airs de mambo, calypso et autres cha cha cha. Assis à une table, cette « grande ombre de Buster Keaton dont il a le regard, la silhouette, la légèreté lunaire de clown triste » dixit Pollet, attend son heure. Autant Antoine Doinel est volubile et débrouillard, autant Léon / Claude Melki est introverti et maladroit. Entre deux tentatives infructueuses d’inviter une jeune femme à danser, ce velléitaire invétéré étudie les techniques des autres hommes. En vain, jusqu’à ce que…

Dans ce court métrage de 21 minutes sans dialogue mais musical, Claude Melki, acteur amateur tout droit sorti du muet bien que né à l’époque du parlant, est proprement saisissant. Et immédiatement attachant. Tombé du ciel (ou plus exactement de la Lune), il est filmé avec une grande tendresse par Pollet qui évite à la fois la moquerie et la compassion. Le tour de force de ce film est d’ailleurs d’avoir su donner à un personnage aussi effacé une véritable dimension.

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Cinquante ans après sa sortie, Pourvu qu’on ait l’ivresse… (quel titre !) est par ailleurs un témoignage frappant de ce que pouvait être le Paris d’alors. Un Paris où noirs, antillais, maghrébins, gitans et titis coexistent dans la vie comme sur la piste de danse dans un grand bal fraternel.

Le metteur en scène italien Ermanno Olmi a réalisé en 1961 un film intitulé Il Posto qui compte l’histoire d’un jeune homme au physique étrangement proche de celui de Melki et qui fait une entrée périlleuse dans la vie adulte. Ce film attachant, sorte de trait d’union entre les 400 coups et Antoine et Colette de Truffaut, se conclut par une scène de bal hilarante très proche de Pourvu qu’on ait l’ivresse… qu’Olmi a sans aucun doute vu et auquel il rend un remarquable hommage.

En savoir plus sur le couple Pollet / Melki et notamment sur leur improbable rencontre.

Et enfin, visionner Pourvu qu’on ait l’ivresse…

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2 réponses à “Pourvu qu’on ait l’ivresse…

  1. Effectivement très touchant court métrage. Je le trouve très Tati-esque, l’oeil, le cadre, la sonorisation et la nostalgie un peu burlesque des « vacances de M.Hulot ».

  2. ilestcinqheures

    En effet, voilà deux réalisateurs tati-llons, tant sur le cadre que le bruitage et la nostalgie (camarade) !
    Pollet ajoute au burlesque de Tati une touche tragique et touchante.

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