Une semaine pluvieuse à Paris avec Jonas Mekas

Jonas Mekas

Jonas Mekas

En ces jours électoraux, qui a remarqué la présence à Paris du New Yorkais Jonas Mekas ? L’auteur de « Walden » et le praticien le plus illustre du « journal filmé » était pourtant là dans les rues du quartier Saint Sulpice, son chapeau noir vissé sur la tête, l’œil sibyllin, hésitant entre l’exposition Prévert et la dégustation d’un nouveau plateau de fromages français. « Here I am, my friends! » L’internationale des fans de Mekas était au rendez-vous, moi la première.

Deux projections marquaient sa venue. En même temps que la FIAC, The Film Gallery présentait Williamsburg , « à la fois son premier et son dernier film » : son œuvre la plus récente qui comprend certaines de ses toutes premières images de cinéma. Nouveauté de ce film, Jonas Mekas a ressuscité parmi ces images initiales celles qu’il avait écartées jadis lors du montage de son opus plus ancien Lost Lost Lost en 1975-1976. Images apparemment maladroites ou anodines, elles se révèlent plus proches du sens de la fugacité qu’il rechercha ensuite constamment dans son journal. Ces plans furent tournées à son arrivée à New York en 1949, après deux années d’errance dans des camps de « personnes déplacées » à travers l’Europe.

« Williamsburg était un petit quartier misérable de Brooklyn habité à l’époque par des immigrants lithuaniens » écrit Mekas à propos de ce film. « C’était mon nouveau logis. Un logis misérable mais un logis tout de même. Comme je savais qu’Henry Miller avait vécu à Williamsburg, je passais devant chez lui tous les jours. J’étais heureux d’être là. Et j’étais libre. J’étais libre et je venais juste d’acquérir ma première caméra Bolex. »

L’appartement privé du Marais au milieu duquel trônait le projecteur 16mm offrait un décor antithétique mais parfaitement adéquat à ce film – il s’agissait après tout d’un « home movie »…

Quelques dégustations de fromages plus tard, Light Cone montrait Laboratorium Anthology Film Archives, qui nous fait pénétrer dans le quotidien du lieu de collecte et de diffusion du cinéma que Mekas fonda en 1970.

Outre le sens de la liberté qui émane de ce film, il s’apparentait aussi à un puissant appel au don – voir à un appel au secours… Les tuyaux du bâtiment fuient, les livres et les films s’entassent – près de 15 000 bobines, non répertoriées. Les fondateurs avouent leur incompétence en matière de gestion. Les « réunions de bureau » se transforment en concert de couverts en plastique et de bouteilles de bière. Un carton titre nous rassure : « La vie à l’AFA est légère et romantique ». Près de la fin du film, Mekas debout sur le trottoir devant ses bureaux, pose son chapeau à terre et entame un numéro de claquettes (il doit avoir près de 70 ans). Un passant lui jette une pièce en riant. Il conclue : « C’est ce que nous faisons ici. »

C’était le 4 novembre. Il fallait apprécier le contraste existant entre les vidéos de propagande léchées de la campagne présidentielle et les images titubantes des couloirs d’Anthology, parcourus par des visiteurs du soir perdus parmi d’autres – Patti Smith, Stan Brakhage, Susan Sontag…

2 réponses à “Une semaine pluvieuse à Paris avec Jonas Mekas

  1. … et tu laisses tes amis suivre la soirée électorale à la télé au lieu de les convier dans cet appartement privé du Marais au milieu duquel trônait un projecteur 16mm… ?

  2. cette projection dans le marais avait lieu bien avant…

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