
Réchauffement climatique, mon œil. L’hiver n’en finit pas. Le seul point positif, c’est que je bénéficie d’un répit pour terminer le Journal écrit en hiver d’Emmanuel Bove (auteur dont nous reparlerons plus en détail une prochaine fois).
On peut toujours essayer de feindre en écoutant de la Sunshine Pop les yeux fermés, des Harpers Bizarre aux Free Design en passant par Sagittarius. Mais très vite on est bien obligé de se rendre à l’évidence : le soleil fait la gueule.
L’hiver 1970 avait sans doute aussi joué les prolongations s’il on en juge la mélancolie qui se dégage du premier album de Bill Fay sorti la même année. Si l’ensemble est assez sombre, les chansons sont pour la plupart très belles malgré la lourdeur de certaines orchestrations qui n’ont pas la finesse de celles de son contemporain Scott Walker. L’album est un échec tout comme le suivant au titre engageant : Time of the last persecution. Bill Fay sombre alors dans l’anonymat total jusqu’à la réédition de ses disques en 2005.
En écoute : Sun is bored, chanson crépusculaire où il est question de toréador, de ministre et du Soleil qui, à force de s’ennuyer, disparaît. Chanson géniale ou boursouflure indigeste ? A vous de juger.
“The sun goes down, never to rise again”.
Sun is bored (orchestral version)
Sun is bored (acoustic version)

Categories: nuit
Tagged: Bill Fay, Emmanuel Bove, Harpers Bizarre, Scott Walker, Sunshine pop

En janvier 1954, François Truffaut signe dans le numéro 31 des Cahiers du Cinéma son article le plus célèbre, “Une certaine tendance du cinéma français” dans lequel il tire à boulets rouges sur la “Tradition de la Qualité” du cinéma français. En Une du magazine, la photo d’un petit garçon tiré du film Le Petit Fugitif sur lequel André Bazin, père spirituel de Truffaut, signe un article de 4 pages…
Si on sait l’admiration que les jeunes turc des Cahiers vouaient au cinéma américain, Hitchcock et Welles en tête, on ignorait en revanche qu’un film que personne n’avait revu depuis plus de cinquante ans ait eu une influence déterminante sur leur vocation de cinéaste : « notre Nouvelle Vague n’aurait jamais eu lieu si le jeune Américain Morris Engel ne nous avait pas montré la voie de la production indépendante avec son beau film, Le Petit Fugitif » déclara un jour Truffaut.
Ce film primé en 1953 à Venise est ressorti en salle le mois dernier. Tourné avec une petite caméra fabriquée pour l’occasion et permettant de filmer sans être vu, en décor naturel (Brooklyn et la plage de Coney Island), avec des acteurs amateurs, Le Petit Fugitif est un véritable petit chef-d’œuvre. Persuadé d’avoir causé la mort de son frère au cours d’un jeu, Joey, 7 ans, s’enfuit à Coney Island, immense plage new-yorkaise dédiée aux manèges et à l’amusement. Il va passer une journée et une nuit d’errance au milieu de la foule et des attractions foraines…
Claquant les quelques dollars subtilisés à sa mère avant de prendre la fuite, Joey découvre le monde enchanté de l’immense fête foraine de Coney Island, entre barbe à papa, tour en poney et saut en parachute. En 24 heures, le petit héros fait l’expérience de la vie et de la débrouille dans un monde qui s’apparente à un spectacle. Les plans de ce film, tous plus beaux les uns que les autres, nous rappellent que le réalisateur et sa femme étaient des photographes de talent. On pense à Weegee ou Robert Franck et à leurs clichés réalistes de l’Amérique des années 50. Ce récit d’apprentissage, bricolé à rebours de la machine hollywoodienne, est un pur enchantement visuel que l’on regarde avec les mêmes yeux éblouis et naïfs que Joey.
Preuve que Truffaut n’avait pas oublié ce film en se lançant dans la réalisation : son premier film, Les 400 coups, s’appelait au départ La Fugue d’Antoine.
Visite guidée dans le Coney Island des années 50 au son du Coney Island Baby de Lou Reed.

Categories: jour
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